Le frère André sera canonisé en octobre par Benoît XVI

Frère André... (AFP)

Agrandir

Frère André

AFP

Yves Therrien
Le Soleil

(Québec) Les démarches entreprises en 1941 ont finalement porté fruit. Le frère André serapromu au rang des saints de l'Église catholique le 17 octobre prochain.

La nouvelle émanant du Vatican a été confirmée hier matin par l'oratoire Saint-Joseph, fondé par le frère André et des amis en 1904.

Benoît XVI a tenu hier une réunion avec ses évêques - un consistoire - au cours de laquelle la canonisation du religieux québécois a été annoncée.

L'étape cruciale menant à sa canonisation a été franchie il y a près d'un an lorsque les experts médicaux du Vatican ont déclaré qu'une de ces guérisons était «scientifiquement inexplicable». Au fil des ans, quelque 10 millions de personnes avaient signé des pétitions pour qu'il soit canonisé.

«Le frère André a toujours eu sa façon bien à lui de faire du bien, raconte Jean-Guy Dubuc. C'est la figure la plus marquante de l'histoire religieuse du Québec et il est intimement lié à l'oratoire Saint-Joseph, le lieu de pèlerinage le plus couru et le plus important en Amérique du Nord.»

Sans ce frère discret, peu instruit, mais toujours proche des gens, il n'y aurait jamais eu l'oratoire Saint-Joseph sur le mont Royal ni des millions de visiteurs venus chercher un réconfort spirituel dans la dévotion au frère André ou à Saint-Joseph dans ce lieu qui accueille les fidèles de toutes les orientations spirituelles, comme les incroyants.

«Les gens se sentent bien à l'oratoire. Ils viennent vivre une expérience spirituelle sur la montagne. Comme la plupart des lieux sacrés sont élevés, en montant à l'oratoire, les gens se libèrent du mouvement de la ville et ils se disposent à vivre une expérience spirituelle», ajoute M. Dubuc, prêtre et docteur en théologie, ancien éditorialiste en chef à La Presse et ancien président et éditeur de La Tribune de Sherbrooke.

Un homme simple

Religieux de la Congrégation de Sainte-Croix, le frère André a été béatifié par Jean-Paul II le 23 mai 1982, après 20 ans de démarches. Dans les notes biographiques du père Robert Choquette, on apprend qu'Alfred Bessette est né le 9 août 1845 à Saint-Grégoire d'Iberville, dans un milieu très pauvre. Il devient orphelin de père et de mère dès l'âge de 12 ans. Intelligent, mais de santé délicate, il fréquente très peu l'école : il apprend à lire, mais non à écrire. À peine peut-il, péniblement, signer son nom. Il trouve de l'emploi dans les villages voisins : il est tour à tour boulanger, cordonnier, homme de ferme.

M. Dubuc souligne que l'influence du frère André dépassait le cadre formel des religions et touchait profondément le côté spirituel des gens. Il en donne pour preuve la première biographie sur l'homme, écrite par un protestant anglophone de Toronto, le colonel George H. Ham, qui s'est pris de sympathie pour cet humble portier du Collège Notre-Dame.

Même si ce n'est pas lui qui a conçu et travaillé à la construction de l'oratoire Saint-Joseph, sans lui, il n'y aurait jamais eu d'oratoire sur le mont Royal, là où il allait prier et où il rêvait de voir s'élever une chapelle. Avec l'aide de laïcs, il y aura la construction de la première chapelle, en 1906, qui sera agrandie à quelques reprises, avant de faire place au sanctuaire actuel.

«C'est un des plus grands lieux de rencontres spirituelles au monde, lance M. Dubuc. Et il est le fait d'un "petit Québécois", d'un "gars de chez nous" en qui les gens se reconnaissent. Il a une notoriété et une influence extraordinaires dans l'histoire religieuse du Québec. Et si les églises se vident, c'est tout le contraire à l'oratoire, qui accueille plus de deux millions de personnes par année.»

Même s'il n'était pas instruit, il inspirait les gens qui trouvaient en lui un être proche de Dieu. «Et il ressemble à saint Joseph, pour qui il avait une grande dévotion, poursuit M. Dubuc. Comme saint Joseph, il était discret et un homme d'arrière-plan, en étant toujours bienveillant envers les autres. Et lorsque des gens lui disaient qu'ils avaient été guéris par lui, il répondait que ce n'était pas lui, mais Dieu qui guérissait parce qu'en leur donnant une huile pour se frotter, il leur rappelait de prier saint Joseph. Ce n'est pas tant pour les miracles que les gens viennent à l'oratoire, mais pour le bien-être spirituel qu'ils y trouvent.»

Pour des millions de personnes, Alfred Bessette est un saint. Les journaux publiés au moment de sa mort racontent qu'un million de personnes ont défilé pour lui rendre hommage. Et des millions de signatures ont été recueillies pour demander sa canonisation.

On lui attribue de nombreux miracles et les journaux aujourd'hui publient des messages remerciant le frère André pour des faveurs obtenues.

Dans la biographie qu'il a écrite en 1996 sur le frère André, et qui sera reprise en anglais aux États-Unis à l'Université Notre-Dame, Jean-Guy Dubuc raconte qu'on qualifierait le frère André d'antihéros. «Il n'a jamais rien fait pour solliciter l'admiration, pour susciter les honneurs ou profiter des hommages. Tout s'est fait comme malgré lui. On a vu qu'il paraissait parfois inconscient des mouvements de foule qu'il engendrait. Il faisait ce qu'il croyait devoir faire : exercer une mission de compassion auprès de ceux qui souffrent. Il les aimait. Et ils l'aimaient.»

Il aura réussi à réaliser son rêve, même s'il n'a pas vu les effets de cette maison de saint Joseph devenue un lieu d'élévation spirituel. Et sa canonisation prochaine créera probablement un engouement des fidèles pour le sanctuaire du mont Royal.

Pas le premier saint québécois

Le frère André n'est pas le premier Québécois d'origine à être reconnu saint comme plusieurs le laissaient entendre depuis que le pape Benoît XVI a reconnu en décembre une guérison miraculeuse obtenue grâce à son intercession et annoncé qu'il serait canonisé. Il est le premier homme né au Québec à accéder à ce titre, mais pas le premier saint canadien.

La première personne canonisée d'origine québécoise est Marguerite d'Youville, fondatrice des Soeurs de la Charité de Montréal. Dans la documentation du Vatican, on écrit : «Première fleur de sainteté aux racines canadiennes, Marguerite d'Youville naît à Varennes (Québec), le 15 octobre 1701.» Elle s'est mariée à François d'Youville en 1722 et sera veuve en 1730, alors enceinte de son sixième enfant. Elle entre dans la vie consacrée en 1737 et fondera un institut qui deviendra les Soeurs de la Charité de Montréal. Elle a été déclarée bienheureuse par Jean XXIII le 3 mai 1959 et canonisée par Jean-Paul II le 9 décembre 1990.

Ainsi, Alfred Bessette, connu sous le nom du frère André, sera le second saint québécois dans la courte liste des saints canadiens comprenant les martyrs canadiens (Isaac Jogues, Antoine Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Noël Chabanel, René Goupil, Jean de La Lande), Marguerite Bourgeoys et Marguerite d'Youville.

On peut consulter la liste des saints, bienheureux, vénérables Canadiens et des autres causes présentées à Rome sur le site du diocèse d'Edmundston à www.diocese-edmundston.ca/fr/histoire_saints.html.

Avec La Presse Canadienne

publicité

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer