100e Journée des femmes: bonheur centenaire

Anne-Marie Lachance estime avoir fait ce qu'elle voulait... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Anne-Marie Lachance estime avoir fait ce qu'elle voulait de sa vie.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Josée Guimond
Le Soleil

(Québec) Aujourd'hui, c'est le 100e anniversaire officiel de la Journée internationale des femmes. Cent ans de lutte pour les droits des femmes, partout dans le monde, 100 ans de changements. Et pour certaines, 100 ans de vie! Pour souligner cette journée, Le Soleil a rencontré deux jeunes femmes âgées de 101 ans, Anne-Marie Lachance et Blanche Frenette, pour discuter avec elles du dernier siècle.

Blanche Frenette, 101 ans... (Le Soleil, Laetitia Deconinck) - image 1.0

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Blanche Frenette, 101 ans

Le Soleil, Laetitia Deconinck

«Vous venez rencontrer une jeunesse?» lance, taquine, Anne-Marie Lachance, quand on lui dit qu'on vient placoter, pour les 100 ans de la Journée des femmes. Mme Lachance, née le 3 juillet 1908, à Trois-Rivières, a passé sa vie à Giffard, devenu Beauport. Elle est demeurée célibataire et n'a pas occupé d'emploi, car elle est restée, volontairement, à la maison, pour prendre soin de ses parents malades, jusqu'à leur décès.

«Ce n'était pas ma vocation, de me marier. Je suis pas une femme, je suis une vieille fille!» s'exclame-t-elle, en riant. Elle dit ne jamais s'être ennuyée, elle avait trop de travail et la maison familiale était toujours pleine. Mme Lachance s'implique cependant dans sa paroisse de Saint-Ignace-de-Loyola, où elle occupe le poste de secrétaire de la Ligue catholique féminine, de sa fondation, en 1941, jusqu'à sa dissolution... en 2004! Aussi, elle tricote, au fil des ans, plus de 200 foulards pour la Maison du marin, qui sont donnés aux marins étrangers, en hiver.

Lors de notre rencontre avec madame Anne-Marie, sa soeur Rollande, 86 ans, l'accompagne. Rollande Lachance, elle aussi célibataire (elle ne dit pas «vieille fille» comme sa soeur!), retraitée de la fonction publique québécoise, veille sur les dernières années d'Anne-Marie, comme celle-ci a veillé sur leurs parents.

De son côté, l'ex-infirmière Blanche Frenette nous reçoit à bras ouverts dans sa résidence pour personnes âgées de la Haute-Ville de Québec. Souriante et alerte, la dame, née à Rivière-du-Loup le 27 juin 1908, nous conduit à sa chambre pour discuter... et se laisser photographier, rougissante. Une partie de sa vie ressemble à celle d'Anne-Marie Lachance. Comme elle, elle a pris soin de ses parents malades, qui sont morts à la maison, des aidantes naturelles avant l'invention du terme. «J'ai fermé les yeux de mon père et de ma mère», raconte-t-elle, émue. Elle fera la même chose pour sa soeur aînée, Émilienne.

Comme Mme Lachance, elle demeure célibataire, mais pas pour les mêmes raisons. Son grand amour, Jacques, meurt tragiquement lors de la Première Guerre mondiale. Elle lui restera fidèle. «Vous savez, quand on a aimé comme ça, ça ne s'oublie pas...» Elle étudie au Collège Jésus-Marie pour devenir infirmière, travaille dans plusieurs hôpitaux et à la base militaire de Valcartier durant la seconde grande guerre.

Choyées par la vie

En regardant les années derrière elles, nos deux centenaires estiment avoir fait ce qu'elles ont voulu de leur vie. Aucun regret pour Anne-Marie Lachance, d'être restée «vieille fille» et à la maison, même chose pour l'infirmière retraitée Blanche Frenette. Elles trouvent qu'elles ont été choyées par la vie, malgré des épreuves qu'elles ont toujours traversées entourées par une famille unie. Toutes deux ont encore la chance d'être visitées par leur famille.

Pour sa part, Rollande Lachance croit que l'éclatement des familles est l'une des choses difficiles pour les femmes aujourd'hui. Ayant oeuvré 40 ans à la société Saint-Vincent-de-Paul, elle a vu augmenter considérablement le nombre de familles monoparentales, surtout avec une femme comme chef de famille. «Mais j'ai toujours admiré leur cran et leur force», dit Mme Lachance, au sujet de ces femmes. Dans le siècle passé, Rollande Lachance estime que le droit de vote des femmes a ouvert bien des portes et elle se réjouit des choix de carrière maintenant offerts parce qu'avant, «ça se résumait à infirmière, maîtresse d'école ou commis dans un magasin».

La fin de ce petit tour d'horizon féminin est arrivée. Blanche Frenette nous laisse partir, toujours souriante, non sans nous offrir de rester dîner à la résidence. La journaliste prend également congé d'Anne-Marie Lachance et de sa jeune soeur Rollande, qui nous remercient doublement, on se demande bien de quoi. Au moment de partir, alors que Rollande Lachance rappelle que sa soeur aura 102 ans en juillet, Mme Anne-Marie ne peut s'empêcher d'en être surprise et de conclure : «J'pense que je vais rester vieille fille!»

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