Des fouilles pour trouver les ruines du parlement... de Montréal

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Peinture attribuée à Joseph Légaré, L'incendie du Parlement à Montréal, vers 1849.

Photo Wikipedia

 

Sidharta Banerjee
La Presse Canadienne
Montréal

Sous un stationnement du Vieux-Montréal se trouve un monument qui a façonné le passé politique du Canada et aujourd'hui, les archéologues comptent bien l'exposer au grand jour.

Les travaux d'excavation ont déjà commencé afin de retrouver les ruines de ce qui aurait été le premier parlement permanent du pays, à l'époque où il s'appelait Canada-Uni.

Malgré le rôle essentiel qu'a eu cet édifice dans l'histoire du Canada, la superviseure des travaux estime que la majorité de la population ne sait probablement pas que Montréal a jadis accueilli un parlement, pas plus qu'elle ne connaît son emplacement spécifique.

Aucune plaque, aucun signe

«Le lieu est d'une importance nationale, mais, curieusement, il n'y a aucune plaque ou autre signe distinctif pour le commémorer», se désole la directrice des expositions du Musée d'archéologie et d'histoire de Montréal à Pointe-à-Callière, Louise Pothier.

L'équipe qui mène les travaux d'excavation ne se fait pas trop d'attentes par rapport à ce qu'elle risque de trouver dans le sol, étant donné la courte durée de vie du parlement de Montréal et la fin de son existence, particulièrement fracassante.

Un parlement a d'abord siégé à Kingston, en Ontario. Il a ensuite été déplacé au marché Ste-Anne de Montréal, un édifice néo-classique de deux étages, qui, avec ses colonnes, détonnait déjà pour son époque. Le bâtiment se trouvait près de la place d'Youville, entre les rues St-Pierre et McGill, près, drôle de coïncidence, à proximité du Centre d'histoire de Montréal.

Une première session parlementaire a eu lieu dans ce marché public reconverti le 28 novembre 1844.

D'importantes décisions des premiers balbutiements de la législation canadienne ont été adoptées dans l'édifice. Parmi celles-ci, il y a la loi pour un gouvernement responsable, une étape cruciale dans l'émergence d'un état démocratique souverain.

Brûlé par des anglophones furieux

Le bâtiment du vieux-Montréal a accueilli le parlement et ses bureaux gouvernementaux jusqu'au 25 avril 1849, date où des anglophones, furieux, y ont mis le feu pendant une violente manifestation. Cette journée a marqué un moment particulièrement tragique dans l'histoire politique du Canada.

L'agitation entourait l'adoption de la Loi des pertes de la rébellion, qui prévoyait une indemnisation pour compenser les habitants du Bas-Canada, dont les propriétés avaient subi des dommages lors des rébellions de 1837-1838 contre la Couronne britannique.

Le débat avait pris une ampleur tellement importante que le futur premier ministre du Canada John A. Macdonald, alors député de l'opposition, avait convoqué un de ses rivaux en duel.

Quand la loi avait reçu la sanction royale, une foule déchaînée avait lancé des oeufs en direction de la calèche du gouverneur général de l'époque, Lord Elgin, qui avait entériné le projet de loi. La foule indisciplinée avait ensuite pris l'édifice d'assaut.

«Les loyalistes étaient complètement opposés à l'idée de compenser les Québécois et les catholiques qui avaient participé à la rébellion. Ils ont pénétré de force dans la salle du conseil où le parlement siégeait», a expliqué Mme Pothier. «Les députés ont dû quitter l'édifice, qui a d'abord été saccagé, puis incendié.»

Cet épisode marquant a été immortalisé dans plusieurs peintures de cette époque. Une toile de Joseph Légaré, exposée au musée McCord à Montréal, est du nombre.

Point tournant dans l'histoire

«L'incendie du parlement de Montréal en 1849 peut être considéré comme un point tournant dans l'histoire du Canada, comme un moment qui a mené à la Confédération», explique le site Web du musée.

Le lendemain, le Parlement a été relocalisé au marché Bonsecours, avant de quitter complètement la ville. Pendant un certain temps, ses séances ont eu lieu, en alternance, à Québec et à Toronto. Puis, en 1857, la reine Victoria a désigné Ottawa comme la capitale permanente du Canada.

Le parlement de Montréal a été considéré comme une perte totale. Environ deux ans après sa destruction, un nouveau marché St-Anne a été construit sur l'emplacement.

En 1901, ce marché a été rasé et transformé en un espace public baptisé Place du parlement. Pour la dernière fois, l'ancienne vocation de cet endroit était évoquée.

Dans les années 1920, alors que l'automobile gagnait en popularité, l'espace a été pavé et transformé en stationnement. Il a conservé cet aspect - un espace long et entouré d'édifices coloniaux - jusqu'à l'été 2010.

Les archéologues ont mené des sondages afin de déterminer s'ils devaient, et, dans l'affirmative, à quel endroit ils devaient creuser.

«Ce que nous savons, c'est qu'à cette époque, quand un édifice brûlait, on conservait les débris et on reconstruisait par-dessus», a expliqué Mme Pothier.

Elle soupçonne que d'autres items puissent avoir survécu à l'incendie, et qu'ils se trouvent désormais dans des collections privées, à l'insu de leurs propriétaires.

Portrait de la reine Victoria

Seule une poignée d'objets ont été reliés à l'incendie de 1849. Parmi eux se trouve le portrait de la reine Victoria et quelques livres de la bibliothèque du parlement de Montréal.

Un porte-parole du Sénat a affirmé que le portrait, sur lequel apparaît une jeune reine Victoria, au début de son règne, est affiché dans l'Édifice du centre du parlement d'Ottawa. Il a indiqué que le tableau avait survécu à quatre incendies, dont celui qui a détruit l'Édifice du centre en 1916.

Pour trouver davantage de vestiges, il faudra être patient pendant l'été, estime Mme Pothier. «Nous avons parfois des surprises très intéressantes quand nous procédons à des excavations, a dit Mme Pothier. Tout dépendra des ravages faits par le feu et de la manière dont les objets ont été conservés sous terre pendant tout ce temps. Mais nous sommes optimistes.»

Une douzaine d'archéologues creusent environ 30% du site dans la partie sud du stationnement. La découverte du reste du site sera confiée à d'autres archéologues.

Jusqu'en octobre

Le groupe qui travaille présentement continuera ses recherches jusqu'en octobre, mois pendant lequel la ville de Montréal prévoit transformer ce site, en un espace vert cette fois.

Les archéologues ont découvert un tunnel de 400 mètres de longueur qui servait à collecter les eaux usées dans les années 1800 et qui est relié au musée.

Mme Pothier a dit espérer le transformer en un tunnel qui serait accessible depuis le musée à compter de 2017, juste à temps pour le 375e anniversaire de la ville de Montréal.

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