Il semble que l'ex-Beatles soit particulièrement sensible à l'histoire des villes. Ses deux précédentes prestations avaient eu lieu à Liverpool, pour marquer sa nomination comme capitale culturelle de l'Europe, et à Kiev, qui commémorait l'indépendance de l'Ukraine.
Les concerts de McCartney sont devenus des événements rarissimes. Selon Daniel Gélinas, directeur de la Société du 400e, l'anniversaire de Québec a joué le premier rôle dans la décision du chanteur.
Il aura tout de même fallu quatre mois de négociation pour emporter le morceau. Des promoteurs de Halifax avaient tenté sans succès d'attirer l'artiste autour des mêmes dates. «Le caractère historique du spectacle a été un atout inestimable dans la négociation, a déclaré M. Gélinas. Pour le groupe McCartney, c'était la première raison de sa venue. La question de savoir comment nous pouvions le recevoir est intervenue par la suite.»
L'artiste a confirmé le tout dans un message vidéo enregistré à Londres le 30 juin : «J'ai l'impression que ce sera toute une soirée. La musique est une bonne façon de célébrer un tel anniversaire. C'est un langage universel qui rassemble tout le monde. Nos deux pays ont des liens historiques étroits qui demeurent importants encore aujourd'hui. J'ai hâte de fêter ce 400e avec Québec.»
Le contrat confirmant la venue de McCartney avait été signé deux jours plus tôt. Les termes financiers n'ont pas été révélés. Daniel Gélinas affirme que Sir Paul a accepté un cachet beaucoup moins élevé que son tarif habituel, précisant que son organisation a pu se payer l'ex-Beatles en récupérant 10 millions $ grâce aux surplus du Championnat mondial de hockey, tenu plus tôt, et à des compressions administratives. Le cachet exact du chanteur demeure un secret bien gardé.
Des nationalistes protestent, le mouvement coupe court
Pendant que l'annonce de la venue à Québec de Paul McCartney provoquait l'enthousiasme général, un petit groupe de nationalistes québécois francophones protestait contre cette visite et accusait le chanteur et compositeur britannique de «détournement de la fête».
Parmi ces militants nationalistes, on trouvait trois élus du Parti québécois, dont le porte-parole en matière de culture et de langue, Pierre Curzi.
Pour les protestataires, l'invitation d'un chanteur anglais équivalait à souligner la naissance du Canada, et non celle de la ville fondée par Samuel de Champlain. «McCartney est la goutte d'eau qui fait déborder le vase», a déclaré Pierre Curzi au Journal de Montréal.
Toute cette polémique avait pour origine une pétition de l'artiste peintre et sculpteur Luc Archambault, endossée par des députés péquistes et par un groupe d'artistes engagés, dont Raymond Lévesque, Marie Tifo, Normand Brathwaite et le cinéaste Pierre Falardeau.
Ce mouvement de protestation a tourné court rapidement quand il a été dénoncé par tous les partis politiques provinciaux, dont la chef du PQ, Pauline Marois.
Mme Marois a fait savoir qu'elle ne partageait pas le point de vue des trois députés de son parti. Elle a dit regretter de ne pas être à Québec pour l'occasion, car elle aurait voulu se rendre elle aussi sur les Plaines pour aller applaudir l'ex-Beatles.
Pour sa part, le premier ministre Jean Charest a jugé ces propos «franchement gênants pour leurs auteurs». Il a ajouté : «C'est aussi ridicule que si on reprochait à Céline Dion de chanter à Paris, à Munich, dans une ville anglaise ou ailleurs sur la planète.»
Quelques jours plus tard, Luc Archambault et Pierre Curzi revenaient sur leur sortie et déclaraient, chacun de son côté, qu'ils avaient été mal cités. M. Archambault précisait qu'il n'avait rien contre le chanteur britannique, mais qu'il estimait «qu'on n'accordait pas suffisamment de place à nos grands artistes à nous».
La rétractation des nationalistes québécois en colère n'a pas empêché leur pétition contre la venue de McCartney d'avoir des échos dans les médias du Canada, des États-Unis, de l'Angleterre et d'un peu partout sur la planète. Ainsi, on pouvait lire dans le Daily Mail, un tabloïd anglais à large tirage, que des citoyens de Québec demandaient à Sir Paul de retourner chez lui. On pouvait lire en titre : «Sir Paul McCartney a été averti par les Canadiens-français : vous n'êtes pas bienvenu ici».
Selon la firme Influence communication, le questionnement sur la présence d'un Britannique pour célébrer l'arrivée des Français en Amérique du Nord a été relevé dans les médias d'au moins une dizaine de pays.
De son côté, Paul McCartney calmait le jeu en invitant les Québécois à fumer le calumet de la paix. Les agences de presse internationales rapportent qu'il aurait déclaré : «Amusez-vous, je viens faire la fête à Québec, faites la même chose.»
Dans une entrevue accordée au journaliste Régis Tremblay, rapportée dans Le Soleil du 18 juillet, Paul McCartney demandait de ne pas l'entraîner sur le terrain politique, lui qui ne vit que pour la musique. «On m'a demandé de venir à Québec pour célébrer ce bel anniversaire, en faisant passer aux gens une belle soirée. Pour moi, c'est bien plus un party qu'une occasion de livrer un message politique... Ce qui m'a décidé, c'est vraiment le fait que vous fêtez vos 400 ans, et ce n'est pas toutes les villes qui peuvent en dire autant...»
Invité au cours de la même entrevue à commenter l'aspect français de la fête, le chanteur précisait : «J'aime la langue française. J'aime toutes les langues, et je crois qu'il est très important de les préserver!»












