«Ça, au moins, personne ne pourra nous l'enlever...», lance alors le maire, visiblement déçu par le mirage olympique. Dix ans plus tard, il faut bien se rendre à l'évidence : Jean-Paul L'Allier a fait le bon pari en ce soir de défaite amère. Car les Fêtes du 400e sont parvenues à chasser les démons du passé, à faire rejaillir une fierté oubliée. Exit les mauvaises pensées qu'ont engendrées l'échec de Québec 84 et la double défaite olympique! Au terme de l'année 2008, l'avenir apparaît plus rose que jamais dans la capitale. La confiance perdue a enfin été retrouvée.
Un chemin parsemé d'embûches
L'idée de départ était donc pertinente, constructive, salvatrice même. Mais le chemin pour la concrétiser s'est révélé parsemé d'embûches. Pour mille et une raisons, Québec a flirté avec l'échec avant de traverser le fil d'arrivée. Malgré 10 années d'organisation, de réflexion, de préparation, le 400e a bien failli déraper. Au plus grand désespoir de la population, qui avait si hâte que la fête commence, qui misait tant d'espoir dans cet anniversaire symbolique.
Après le Coup d'envoi manqué du 31 décembre 2007, on a bien cru que le pire allait survenir. D'autant plus que des allégations de conflits d'intérêts au sein de la Société du 400e avaient miné la crédibilité de l'organisme. La nomination de Daniel Gélinas à la tête de la Société a toutefois permis de calmer les doutes et de prendre le virage qui s'imposait.
Les administrations précédentes n'avaient pas fait que des mauvais coups, bien au contraire. Plusieurs activités à succès avaient été organisées et négociées avant l'arrivée de Daniel Gélinas : le Parcours
400 ans chrono, le spectacle du Cirque du Soleil, le Moulin à images de Robert Lepage, l'exposition Le Louvre à Québec du Musée national des beaux-arts, la venue de Céline Dion... Les fonds de 90 millions $ des gouvernements avaient aussi été l'objet de vigoureuses négociations politiques et étaient parvenus à temps dans les coffres de la Société. Un exploit en soi.
Mais à l'aube de cette année 2008, il fallait livrer la marchandise, répondre aux attentes, organiser des événements flamboyants, mémorables, envoûtants. Et surtout, ne rien oublier, ne rien prendre à la légère, tout planifier dans les moindres détails pour que cet anniversaire soit aussi percutant que les fêtes du tricentenaire de Québec. À cet égard, Daniel Gélinas a été l'homme de la situation. Il a su mener à bon port un navire qui aurait très bien pu perdre le nord.
La magie partout
En bout de piste, la magie a été la reine de la fête et s'est immiscée partout. Dans ces bateaux qui sont partis de La Rochelle pour traverser l'Atlantique vers Québec, dans cette foule hystérique qui a acclamé Paul McCartney, dans les succès du Championnat mondial de hockey, dans ces visages éblouis par les acrobaties du Cirque du Soleil, dans les corridors du Louvre à Québec, dans ces centaines de milliers de regards qui ont admiré le Moulin à images de Robert Lepage, dans le ciel étoilé et la lune orangée du Chemin qui marche à la baie de Beauport. Et même dans les pluies diluviennes de la journée anniversaire de Québec, le 3 juillet...
La capitale s'est remplie le coeur de confiance et la tête d'images au cours de cette année historique. Des images fortes, inoubliables. Souvenez-vous... Ces milliers de personnes entassées sur le boulevard René-Lévesque, le cou cassé, le sourire aux lèvres, le visage émerveillé, qui regardent des acrobates virevolter au-dessus du parlement. Sublime féerie.
Ce grand-père qui porte son petit-fils sur ses épaules et qui danse au rythme effréné de la musique techno pendant le Chemin qui marche. Cette marée humaine qui retourne tranquillement chez elle en fredonnant Give Peace a Chance. Ces dignitaires enrobés de plastique et trempés jusqu'aux os le 3 juillet. Ce ciel qui se dégage un peu plus tard pour le spectacle Rencontres. Ce grand Belem qui déploie ses voiles et qui fait le fier entre les deux rives du Saint-Laurent. Cette féerie d'Espace 400e un soir de juin. Ces files d'attente qui zigzaguent dans la bonne humeur devant le parlement, un 5 janvier, pour le Parcours 400 ans chrono.
Lorsque les bougies seront définitivement éteintes, Québec se souviendra de ces moments savoureux, de ces images indélébiles. Elle se promènera avec les générations futures dans les parcs riverains légués par les gouvernements pour ses
400 ans et elle se souviendra d'avoir relevé le défi cette année-là, d'avoir bravé l'hiver et la pluie pour dire «présente!», d'avoir été à la hauteur de son statut de jeune vieille capitale pleine d'énergie. Elle se souviendra de l'énorme succès de foule et d'estime des Fêtes du 400e. Et elle se dira que ça, au moins, personne n'a jamais pu et ne pourra jamais le lui enlever...












