«Notre fonds de roulement est toujours vide», \prend compte la jeune femme d'affaires de 33 ans. «Nous sommes continuellement en train d'aller chercher du financement auprès des institutions financières car notre croissance est trop rapide.»
Entre 2001 et 2008, le chiffre d'affaires de l'entreprise spécialisée dans la création et la fabrication de vêtements conçus à partir de matières recyclées a grimpé de 50 000 $ à 1,5 million $.
Après avoir déménagé ses installations de Québec d'un côté de la rue Saint-Vallier à l'autre, Myco Anna vient d'inaugurer une première boutique à Montréal.
Bouchées doubles
Possédant déjà plus de 80 points de vente au Canada, aux États-Unis, en France et au Japon, l'entreprise met également les bouchées doubles pour prendre de l'expansion en Europe. Elle vient aussi de lancer une nouvelle ligne de vêtements de coton biologique et s'apprête à commercialiser une collection pour hommes.
Pour croître à une vitesse aussi vertigineuse, il faut des sous. Beaucoup de sous.
«Nous ne sommes payés par nos clients que 45 jours après la livraison des commandes. Il faut donc avoir les reins drôlement solides pour créer les collections, acheter les tissus et amorcer la production», explique la présidente et directrice artistique de Myco Anna en signalant que la difficulté de dénicher le financement pouvait constituer un frein à la croissance de l'entreprise qui fournit un gagne-pain à une trentaine de personnes.
Parce qu'elle évolue dans un secteur à risque ? celui des textiles,? Myco Anna ne suscite guère l'intérêt des institutions prêteuses. Bien sûr, l'entreprise est parvenue, au fil des ans, à décrocher des bourses, à obtenir des prêts à partir de programmes réguliers du Centre local de développement de Québec, du Centre financier aux entreprises Desjardins ou d'Investissement Québec, mais sans plus. Et souvent, au terme de dures batailles.
Et les subventions gouvernementales? «Oui, elles existent, notamment pour le développement des marchés à l'extérieur du Québec, mais sont difficilement accessibles aux entreprises qui, comme la nôtre, sont prises à la gorge et n'ont pas beaucoup d'argent disponible à investir».
«Je dois vous avouer que l'on nous écoute plus depuis un an ou deux. Les investisseurs démontrent plus de confiance à notre égard. Il a cependant fallu faire nos preuves et, à l'occasion, nous fâcher et menacer nos partenaires financiers d'aller magasiner ailleurs.»
Plus souvent qu'autrement, Christiane Garant a dû mettre sa tête sur le billot en contractant des prêts personnels pour assurer les fins de mois de son entreprise et cautionner sa marge de crédit. Ses parents l'ont aussi aidée en lui assurant une caution temporaire. «À plusieurs reprises, j'ai dû piler sur mon orgueil.»
Celle qui a pu compter sur Régis Labeaume comme mentor au cours des dernières années ? le maire de Québec était à l'époque à la Fondation de l'entrepreneurship ? affirme n'avoir jamais songé à diluer ses actions ou encore à faire appel à du capital de risque. «Je ne suis pas fermée à l'une ou l'autre de ces éventualités si, un jour, ça devient nécessaire.»
Christiane Garant possède une formation d'avocate. Issue d'une famille d'entrepreneurs ? son grand-père était à la tête de l'usine de fabrication de pelles et d'articles de jardinage Garant de Saint-François de Montmagny ?, elle n'a jamais eu comme but dans la vie de se lancer en affaires.
Une passion
La pratique du droit ne l'attirait pas. Sa passion, c'était la mode.
Elle bifurque alors vers des études collégiales en commerce de la mode. À l'emploi d'une boutique sur la rue Cartier, elle découvre, en 2000, Myco Anna. C'est le coup de foudre.
«Des vêtements beaux et originaux. Le produit de l'avenir. Il fallait le faire connaître à toutes les femmes de la planète !»
Myco Anna avait été fondée en 1995 par Marie-Chantale Le Breton. Christiane Garant l'approche pour devenir sa représentante. Au salaire minimum, elle part vendre les vêtements Myco Anna au Nouveau-Brunswick.
En 2001, elle devient l'associée de Marie-Chantale Le Breton. Puis, deux ans plus tard, Christiane Garant rachète les parts de cette dernière.
La jeune femme d'affaires caresse de grandes ambitions. Elle veut figurer parmi les 150 designers les plus en vue au monde. Elle veut lancer une collection de vêtements de maternité. Et pour pallier les misères actuelles d'approvisionnement, elle jongle avec l'idée de créer son centre de recyclage et de transformation de vieux vêtements.
Par-dessus tout, elle tient à continuer de fabriquer artisanalement vestes, corsages, camisoles, chandails et jupes au Québec. «C'est un marché de niche et il faut continuer de le développer.»
















