Le Canada affrontera plus de protectionnisme économique

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Le Canada affrontera plus de protectionnisme économique

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Raymond Chrétien

La Presse, André Tremblay

Louis Tanguay
Le Soleil

(Québec) Une fois élu président des États-Unis, selon la plus forte probabilité, le candidat démocrate Barack Obama se fera sans doute rappeler ses promesses de protéger les emplois de ceux qui l'auront fait élire.

Mais, selon Raymond Chrétien, associé chez Fasken Martineau, qui a été ambassadeur du Canada à Washington pendant près de sept ans, même une administration dirigée par le républicain John McCain pourrait aussi avoir une attitude plus protectionniste.

En entrevue au Soleil, l'expert rappelle que, dès son arrivée à la présidence, Georges W. Bush «a plaqué des tarifs énormes» sur les importations d'acier pour protéger une industrie jugée essentielle à ses fins militaires.

Après avoir reçu l'appui du mouvement ouvrier, une administration Obama pourrait devenir encore plus protectionniste au moment de penser à toutes sortes de mesures pour sortir le pays du marasme actuel.

Et ce serait la même chose avec les républicains.

Mais les démocrates ne voudront pas donner au président une autorité de voie rapide (fast track authority). Et ils voudront passer à la loupe les accords commerciaux existants avec tous les pays étrangers.

Ainsi, prédit le diplomate de carrière, on ne devrait pas voir apparaître beaucoup de nouvelles ententes au cours des deux prochaines années.

Si, par exemple, des banques canadiennes veulent profiter de la situation pour augmenter leurs parts de marché au sud de la frontière, M. Chrétien explique que toutes les transactions faisant appel à d'importants capitaux étrangers n'ont jamais été faciles. Et elles pourraient devenir «extrêmement difficiles pour ne pas dire impossibles pour un bon moment».

Mais on ne saura que dans quelques mois si Barack Obama a vraiment l'intention de s'attaquer à l'Accord de libre-échange nord-américain.

«On n'en est pas là», mais il serait toujours possible de mettre dans la balance une taxation sur les exportations d'énergie nécessaires à l'économie des États-Unis.

Le Canada, souligne le spécialiste, est devenu le plus grand fournisseur de pétrole étranger avec 22 % des importations américaines (devant l'Arabie Saoudite).

De plus, 100 % de l'électricité et 91 % du gaz naturel importé par les Américains  vient du Nord et l'uranium canadien compte pour 35 % de cette ressource achetée à l'étranger à des fins civiles et militaires.

Deux autres enjeux à incidence économique s'ajoutent à celui, plus politique, de la stratégie militaire en Irak et en Afghanistan, qui sera à revoir après l'élection.

Tant les républicains que les démocrates se sont annoncés plus verts que l'administration Bush.

Devant les instances internationales, le gouvernement canadien s'est associé à ce peloton. Donc, il devra examiner dès le printemps les positions de négociation des nouveaux maîtres de la Maison-Blanche pour décider s'il veut s'en dissocier et rester loin derrière à l'approche de la conférence internationale de Copenhague.

Mais, juste après les risques de protectionnisme, les Canadiens doivent garder à l'esprit la nécessaire fluidité du passage des biens et des personnes à la frontière et démontrer qu'ils sont de bons partenaires pour la sécuriser. Raymond Chrétien compare les échanges à un poumon, car une grande partie de notre richesse vient de nos exportations vers les États-Unis.

«C'est ce qui permet à la ville de Québec d'être aussi belle qu'elle l'est maintenant», dit-il pour faire image.

Sur l'issue du scrutin de mardi prochain, l'ex-ambassadeur garde l'élection d'Obama comme la plus plausible. Mais deux facteurs demeurent non-mesurables. Les électeurs blancs hostiles à l'arrivée d'un noir à la tête de la nation pourraient faire mentir les sondages. Et surtout, les supporteurs du démocrate pourraient croire la partie déjà gagnée et ne pas sortir voter.

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