Le Québec dans le rouge

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En point de presse, à la sortie du Conseil des ministres, Mme Jérôme-Forget a avancé qu'une «détérioration brutale (de l'économie), en janvier» a déjoué ses plans.

La Presse Canadienne

Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) C'est officiel. Les finances du Québec replongeront dans le rouge, l'an prochain. Le gouvernement n'est même pas certain d'y échapper cette année. Et la récession pourrait emporter des emplois de fonctionnaires.

Après avoir promis en campagne électorale le maintien de l'équilibre budgétaire pour deux ans, la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget a officiellement indiqué, mercredi, le retour au déficit en se gardant de divulguer son ampleur. «Pour 2009-2010, nous nous dirigeons vers un déficit. (...) Je suis une ardente défenderesse du déficit zéro, mais les gouvernements sont là pour intervenir quand il le faut.»

En point de presse, à la sortie du Conseil des ministres, Mme Jérôme-Forget a avancé qu'une «détérioration brutale (de l'économie), en janvier» a déjoué ses plans. «Personne n'avait prévu ce qui s'est passé en janvier. Même pour les achats de Noël, il y avait beaucoup de gens dans les magasins.» Selon elle, les revenus tirés de l'impôt des compagnies et des particuliers de même que de la TVQ se sont effondrés en janvier.

La politicienne ne peut écarter l'hypothèse que l'année en cours puisse être déficitaire si la situation se répète en février et en mars. «Actuellement, je dirai non» à la possibilité d'un déficit en 2008-2009, a-t-elle répondu prudemment. «Mais, s'il arrive un désastre incroyable», elle pourrait se raviser.

Écrire à l'encre rouge son prochain budget n'aura pas d'impact sur la cote de crédit du Québec, a avancé la ministre. Elle a cité un communiqué de l'agence Moo­dy's, publié hier. Il souligne que les efforts des provinces pour réduire leur dette les placent en position pour bien affronter la crise. Cependant, la firme signale aussi qu'une réévaluation aura lieu à la lumière des actions prises pour revoir les dépenses et les revenus des gouvernements.

Elle s'est défendue d'avoir induit la population en erreur en prédisant deux années de surplus. Ne s'appuyait-elle pas sur des prévisions de croissance économique plus faibles que celles des économistes? a-t-elle insisté. «J'ai donné l'heure juste.»

Mme Jérôme-Forget a estimé n'avoir pas péché par imprudence. Avancer que les finances de la province maintiendraient un bilan positif reposait sur «les gestes importants» posés par son gouvernement pour «traverser le ralentissement».

Mme Jérôme-Forget a donné l'exemple du programme pour les infrastructures. Un «programme connu et reconnu comme incroyablement bien pensé pour contrer le ralentissement économique» et «créer 100 000 emplois».

Secteurs moins touchés

La ministre des Finances a pris soin de souligner que les secteurs de la santé et de l'éducation n'écoperont pas pour les difficultés financières. Sa collègue au Conseil du trésor a nuancé.

«Ce qui est important, pour moi, a glissé Monique Gagnon-Tremblay, c'est de maintenir les services essentiels.» Elle a évité de répondre aux journalistes qui lui demandaient si elle envisageait des coupes dans le «non essentiel». «C'est peut-être le moment de s'interroger sur la consolidation» des services.

Le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec s'est montré à moitié surpris de l'annonce du déficit. «Ce que disent les politiciens en campagne électorale, a fait valoir Gilles Dussault, on ne sait jamais si c'est vrai. Là, nous sommes dans le réel.» Par contre, le gouvernement le trouvera sur son chemin s'il s'avise de vouloir sabrer les services. «S'il y a un besoin de services publics, c'est bien en période de crise.»

Au Syndicat de la fonction publique du Québec, la présidente Lucie Martineau a mis en garde la ministre Gagnon-Tremblay. Couper, c'est aggraver le chômage, a-t-elle mentionné. D'autant que «nous sommes déjà en bas (de l'offre) des services essentiels» avec des «surcharges de travail excessives» chez les fonctionnaires, selon Mme Martineau.

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