Hier, à la Bourse de New York, les rumeurs d'une possible faillite de ces deux constructeurs ont relégué le titre de GM à 2,18 $US, en baisse de 12 %.
Plusieurs analystes financiers croient que le scénario du chapitre 11 serait le plus viable pour effectuer le «grand ménage» tant attendu dans l'industrie de l'automobile en Amérique du Nord.
«Il y a deux possibilités, soutient l'analyste Peter Sklar, de BMO Marchés des capitaux. Ou bien le gouvernement vient en aide à l'industrie, ou bien ces compagnies se placent sous le chapitre 11.»
GM et Chrysler ont déposé hier devant le gouvernement américain une nouvelle demande d'aide financière. GM pourrait obtenir une aide supplémentaire de 4 milliards $US, alors que Chrysler espère un «coup de pouce» de 5 milliards $US.
En décembre, GM et Chrysler avaient déjà reçu du Trésor américain des aides respectives de 9,4 milliards $US et de 4 milliards $US. En retour, les grands de l'auto se sont engagés à obtenir des concessions de leurs employés et de leurs créanciers.
GM aimerait ramener sa dette de 28 milliards $US à environ 9 milliards $US. Le constructeur automobile espère également éliminer une bonne partie de ses programmes de soins de santé envers ses employés. Ces programmes coûtent actuellement 10 milliards $US par année.
Dans son analyse, Peter Sklar croit que le scénario de la faillite demeure une «forte possibilité» pour GM et Chrysler. Selon ce dernier, les problèmes éprouvés par ces constructeurs sont structuraux (usines, employés, salaires, modèles, concessionnaires, fonds de pension, dette, etc.) et ne devraient pas se régler en quelques mois.
Par conséquent, l'analyste estime que seule la protection du chapitre 11 de la Loi sur les faillites permettrait à ces manufacturiers d'effectuer un ménage en profondeur dans l'industrie.
Il faut dire que la disparition de GM et de Chrysler pourrait entraîner avec elle la perte de plus de trois millions d'emplois directement et indirectement aux États-Unis.
L'analyste de la BMO demeure ainsi convaincu que le succès d'une telle entreprise devra être supervisé par le gouvernement américain. Le Trésor des États-Unis serait ainsi appelé à «débloquer» des fonds considérables afin de garantir le roulement de l'industrie automobile et de s'en assurer afin que les fournisseurs, employés et créditeurs soient payés à temps.
«Nous croyons qu'un gouvernement qui soutiendrait le recours au chapitre 11 afin de restructurer l'industrie demeure une option viable», indique l'analyste Peter Sklar.
Le professeur de stratégies à la faculté d'administration de l'Université Laval, Yan Cimon, reconnaît que la faillite de GM et de Chrysler pourrait avoir du bon. Mais il convient que cette décision aura un impact majeur sur le moral des consommateurs.
«Ce serait désastreux pour les ventes de véhicules, fait-il savoir. Qui voudra d'un véhicule d'un constructeur en faillite?» a-t-il avancé hier.
Le professeur signale que les prochains mois seront déterminants pour l'industrie de l'automobile nord-américaine. Chez GM, par exemple, le nombre de concessionnaires pourraient passer d'ici 2012 de 6500 (actuellement) à 4700.
Le professeur note également que les problèmes de rentabilité éprouvés récemment par Toyota démontrent que la structure actuelle de l'industrie automobile ne tient plus.
Dans une note envoyée à ses clients, l'analyste Himanshu Patel de la firme JP Morgan croit que la faillite de GM et de Chrysler accélérerait la restructuration de l'industrie de l'automobile sur le continent.
«Nous pensons que les dommages d'une faillite de GM seraient moins importants aujourd'hui qu'il y a quelques mois en raison de la désensibilisation du public face à cette possibilité», écrit-il.
L'analyste de JP Morgan croit qu'un échec des pourparlers entre GM, ses créanciers et ses travailleurs porterait alors le coup final. «Une telle avenue forcerait alors la Maison-Blanche à considérer l'option de la faillite sérieusement», indique-t-il.
L'analyste avance que la faillite de GM ferait fondre sa dette d'environ 60 % alors qu'une renégociation sans l'aide des tribunaux pourrait la faire diminuer d'au plus 25 %.










