Isabelle Dostaler, professeure en management à l'Université Concordia, trouve que, malgré les remous, l'industrie aérospatiale au Québec se porte bien, «même si certains la trouvent trop jovialiste» dit-elle.
«Je pense que les bases de l'industrie aéronautique sont solides, même si on entend parler de Bell (Hélicoptères), de Bombardier ou de Pratt & Whitney qui mettent quand même pas mal de monde à pied. C'est sûr que ça paraît gros, et pour ces employés et leurs familles, c'est catastrophique, explique-t-elle. (...) Quand les entreprises ont du succès (comme Bombardier dans les années 90), c'est facile d'être moins efficace, de se laisser plus aller.
Activité cyclique
«Les décisions de mises à pied dont on entend parler en ce moment, c'est parce que justement les entreprises font les bonnes choses. Ils cherchent à protéger au maximum leur fonds de roulement afin de garder des réserves pour passer au travers de la tempête. Mais il y aura reprise, c'est inévitable. C'est une industrie qui est cyclique.»
Comme preuve que tout ne va pas mal dans le secteur, la semaine dernière, le fabricant de simulateurs CAE a annoncé des hausses de revenu et de profits.
La professeure attribue principalement le creux de la vague à la décision des grandes entreprises de retarder l'achat d'avions d'affaires. «On n'a pas le choix que de ralentir la cadence pour livrer quand les clients seront prêts à payer, précise-t-elle. Les marchés émergents, qui ont de la difficulté comme tout le monde, vont se remettre sur pied et c'est là que sera la croissance.»
L'industrie des pièces d'automobiles inquiète plus Mme Dostaler que l'aéronautique. «Nos entreprises ontariennes fournissent des dinosaures, les entreprises américaines du Big Three qui n'ont pas fait leurs devoirs quant au développement de produits plus verts.»
Elle explique également que «chez Bombardier, même si on a mis à pied des employés, on est quand même à la recherche d'ingénieurs».
«Aussi dans le domaine de l'aviation, on a une pénurie de pilotes, au Québec, ajoute-t-elle. Les petits transporteurs ont beaucoup de difficultés à embaucher des pilotes. Alors si les plus grands, comme Air Canada, Air Transat ou WestJet, ont des difficultés, ça fait des pilotes qui deviennent disponibles pour des plus petites entreprises.
Un secteur de taille
L'industrie aérospatiale emploie un Québécois sur 180, selon les données diffusées récemment par Aéro Montréal, un forum regroupant les principaux joueurs de l'industrie dans la région métropolitaine. Dans le Grand Montréal, il s'agit d'une personne sur 90. Les 236 entreprises québécoises du domaine font travailler plus de 40 000 personnes, qui formaient plus de la moitié de l'effectif canadien du secteur en 2007. Plus de 11 500 ingénieurs et scientifiques travaillent dans le domaine.
La même année, l'industrie québécoise produisait environ 60 % de la la production totale canadienne en aérospatiale. Le chiffre d'affaires de l'industrie s'élève à 12,3 milliards $, dont 80 % provient des exportations, toujours selon Aéro Montréal.













