Ashton célèbre ses 40 ans

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Ashton célèbre ses 40 ans

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Ashton Leblond n'a pas inventé la poutine mais en a amélioré la présentation.

Le Soleil Patrice Laroche

Pierre Champagne
Le Soleil

(Québec) Il y a 40 ans, Ashton Leblond ouvrait les portes, ou plutôt les «châssis» ou les panneaux, de son premier snack bar, à L'Ancienne-Lorette, à l'intersection de la Route 2 et de la rue Notre-Dame. C'était le 22 mars 1969. Il s'agissait en fait d'un vieil autobus transformé en «roulotte à patates» comme il y en avait plusieurs sur toutes les routes du Québec à l'époque. Le commerce avait pour nom Chez Lorette. Dorénavant, il s'appellerait Chez Ashton. Une ouverture qui allait transformer l'avenir culinaire de la capitale nationale. Rien de moins.

«J'ai acheté la roulotte le 1er février 1969 à 20 ans. J'ai eu 21 ans le 7 mars. On a ouvert la saison le 22 mars. Avec le printemps. Dans ce temps-là, on fermait durant l'hiver. Ça ne roulait pas fort. On faisait 35 $ à 40 $ de ventes par jour. Je me souviens encore du jour où j'avais vendu 72 $ de frites et de hot-dogs dans la même journée. C'était le gros lot.»Aujourd'hui, 40 ans plus tard, on ne retrouve plus aucune «roulotte à patates» le long des grandes artères de la région. Par contre, on dénombre 25 restaurants et casse-croûte qui pavoisent l'étendard d'Ashton Leblond, Chez Ashton, et où l'on ne sert que du frais, que du vrai, pour utiliser le cri de guerre de l'entreprise.

«C'est absolument vrai, précise M. Leblond au Soleil. Nous n'utilisons que des produits locaux. C'est notre fierté. Notre fromage vient de Beaupré, nos patates de l'île d'Orléans et notre pain quotidien de Saint-Augustin. Du moins jusqu'à ce que la boulangerie Gadouas soit achetée par Weston. Depuis, le pain vient de Longueuil. La fraîcheur est très importante pour nous et ça fait

40 ans que nous favorisons les produits du terroir. Avant même que l'expression ne soit connue.»

Ce qui devait transformer l'avenir culinaire de la capitale nationale, c'est la mise en marché dans la région de Québec d'un produit du terroir des Cantons-de-l'Est, la région natale d'Ashton Leblond, la poutine.

Non, Ashton Leblond n'a pas inventé la poutine. Cette dernière a vu le jour au début des années 50 à trois ou quatre endroits en même temps, surtout dans les Cantons-de-l'Est. À Grondines, sur la Route 2, la fromagerie La Petite Vache en offrait aussi aux automobilistes. Sauf que, dans la poutine originale, le fromage était sous les frites. Ashton en a amélioré la présentation en déposant les crottes de fromage par-dessus les frites. «Lorsque j'ai lancé ma poutine, j'achetais 50 livres de fromage par semaine et je devais en donner 20 livres à la fin de la semaine parce que les clients ne connaissaient pas ça, raconte M. Leblond. Aujourd'hui, nous achetons 600 000 livres de fromage frais par année.»

Sept cents emplois

Aujourd'hui, les 25 casse-croûte Chez Ashton emploient plus de 700 personnes, qui servent plus de quatre millions de livres de frites par année. Dans les poutines, les hot-dogs du lac, les dultons ou dans les galvaudes (frites, poulet blanc, pois verts et sauce). Un genre de hot chicken sans les tranches de pain. Son chiffre d'affaires? Ashton Leblond le garde confidentiel. Par contre, il nous a dévoilé que l'ouverture de son plus récent restaurant lui a coûté 3 millions $. On est bien loin des 5000 $ qu'il fallait investir dans les premiers casse-croûte.

Ashton qui?

Ashton Leblond, ainsi prénommé en l'honneur d'un riche avocat d'origine irlandaise, Ashton Tobin, qui impressionnait tout le village par sa fière allure, est une autre incarnation du rêve américain. Son père était cultivateur et chef d'une famille de 18 enfants dans le quatrième rang de Saint-François-Xavier de Brompton. Seize sont encore vivants, sept filles et neuf gars, dont Bertrand, sans qui Ashton ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui.

C'est Bertrand qui lui a trouvé un premier emploi dans la région comme apprenti cuisinier au Collège de Champigny, en haut de la côte de l'Aéroport. Tout ça parce que Bertrand, l'aîné, travaillait déjà dans les cuisines d'un autre collège des frères du Sacré-Coeur, à Arthabaska, et qu'il savait qu'on cherchait un aide-cuisinier au Collège de L'Ancienne-Lorette.

Ashton arriva donc à Québec à 17 ans. Il gagnait 60 $ par semaine en travaillant au Collège, où il était logé et nourri, mais il envoyait 30 $ par semaine à son père, qui devait nourrir une quinzaine d'enfants. Et tous les enfants Leblond qui travaillaient faisaient la même chose pour soutenir la famille.

Le Collège n'était pas très éloigné de la «roulotte à patates» Chez Lorette. Un mille tout au plus. Ashton s'y pointait de temps en temps pour acheter un hot-dog et une «patate». Cette roulotte-là, il la voulait. C'était un rêve. Posséder son propre commerce. Lorsqu'elle fut en vente, Ashton ne pouvait faire autrement que de l'acheter. C'était il y a 40 ans.

La relève? Oubliez ça. Ashton est le père de deux filles, Nathalie et Marie-Josée, âgées de 35 et 31 ans, qui font toutes les deux carrière à Montréal, l'une comme avocate et l'autre dans l'esthétique. Aucune d'elles n'a manifesté l'envie de prendre la relève du père, qui devra bien, un jour ou l'autre, se départir de ses commerces. Mais ce n'est pas pour demain. Cette entreprise continuera de grandir à l'intérieur des limites du territoire couvert par la capitale nationale. Ashton a confié son intention d'ouvrir au moins deux autres restaurants dans la région d'ici quelques années. C'est tout. Il est aujourd'hui bien entouré. Ses cadres sont dynamiques. Son personnel est compétent. Il peut se permettre de travailler moins fort et de mordre dans la vie à belles dents. C'est ce qu'il fait et c'est ce qu'il continuera de faire tant que la santé le lui permettra.

 

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