Ça sent la fin pour GM

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Pierre Couture
Le Soleil

(Québec) GM et Chrysler n'ont plus le choix. Les options quant à leur survie sont à toutes fins utiles épuisées. Les deux géants de l'automobile devront bientôt se résoudre à se placer sous la protection de leurs créanciers.

Les raisons sont nombreuses. D'a-bord, parce que le temps file et que GM et Chrysler semblent incapables de freiner l'hémorragie. La dette colossale et les problèmes structuraux de l'industrie automobile sont d'ailleurs trop imposants. N'oublions pas que depuis 2004, GM a perdu 82 milliards $US. Et cela continue...

Titre en baisse

Hier, à la Bourse de New York, les rumeurs d'une possible faillite des deux constructeurs ont relégué le titre de GM à 1,97 $US, en baisse de 12 %.

Ainsi, nous croyons que le scénario du chapitre 11 aux États-Unis et un plan d'arrangement avec les créanciers au Canada seraient les plus viables pour effectuer le «grand ménage» tant attendu dans l'industrie de l'automobile en Amérique du Nord. Ce serait certainement le pire des scénarios, mais le plus réaliste dans le contexte actuel.

GM et Chrysler ont d'ailleurs encaissé ces derniers mois des aides gouvernementales totalisant tout près de 15 milliards $US. D'ici six mois, les besoins de ces deux géants sont estimés à plus de 20 milliards $US.

Des problèmes

En retour de ces aides financières, les grands de l'auto se sont engagés à obtenir des concessions de leurs employés et de leurs créanciers. Mais voilà, tout ne va pas comme prévu. Les problèmes éprouvés par ces constructeurs sont structuraux (usines, employés, salaires, modèles, concessionnaires, fonds de pension, dette, etc.) et ne pourront se résoudre en quelques mois.

Or, GM aimerait ramener sa dette de 28 milliards $US à environ 9 milliards $US. Le constructeur automobile espère également éliminer une bonne partie de ses programmes de soins de santé envers ses employés. Ces programmes lui coûtent actuellement 10 milliards $US par année.

Il faut dire qu'une faillite de GM ferait fondre sa dette d'environ 60 %, alors qu'une renégociation sans l'aide des tribunaux pourrait la faire diminuer d'au plus 25 %.

Du côté des concessionnaires, un grand ménage pourrait avoir lieu. Chez GM, par exemple, le nombre de concessionnaires pourrait passer d'ici 2012 de 6500 (actuellement) à 4700.

La restructuration de GM et de Chrysler pourrait également entraîner la perte de plus d'un million d'emplois directement et indirectement aux États-Unis et au Canada.

C'est pourquoi le succès d'une telle entreprise devra être supervisé simultanément par les gouvernements américain et canadien. Le Trésor des États-Unis et celui du Canada seront ainsi appelés à «débloquer» des fonds considérables afin de garantir le roulement de l'industrie automobile afin que les fournisseurs, employés et créditeurs soient payés à temps.

Garanties d'Ottawa

Hier, Ottawa s'est d'ailleurs engagé, tout comme Washington plus tôt cette année, à honorer les garanties sur les véhicules neufs vendues par GM et Chrysler pendant une éventuelle restructuration. Une indication de plus que le grand remède de cheval imposé à l'industrie sera bientôt en vigueur.

Le fédéral a également fait passer hier à 1,25 milliard $ (+ 700 millions $) les garanties de prêts et de paiements aux fabricants de pièces automobiles du pays. Un autre signe que le gouvernement Harper prépare le terrain face à une éventuelle faillite de GM et de Chrysler.

Ainsi, nous pensons que les dommages collatéraux d'une restructuration de GM et de Chrysler sous la loupe des tribunaux seront moins importants aujourd'hui qu'il y a quelques mois en raison de la sensibilisation du public face à cette possibilité. À peu près tout le monde s'y attend.

Par conséquent, une restructuration en profondeur de l'industrie de l'automobile nord-américaine passe par une mise à mort du modèle d'affaires traditionnel développé par GM et Chrysler ces dernières décennies. Un modèle d'affaires qui, avouons-le, a maintenant peu de chances de survivre face aux défis et, surtout, aux besoins des consommateurs de demain.

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