Au moment où cette chronique se met au repos pour la période de canicule appréhendée (ou souhaitée), toujours est-il, comme dit Carl Bouchard, de RBC Dominion valeurs mobilières, qu'on n'avait pas vécu depuis longtemps une semaine d'aussi faible volatilité sur les marchés, surtout aux États-Unis.
En effet, dit-il, l'indice new-yorkais S&P 500 a évolué dans une fourchette de seulement quelques points, ces derniers jours. La Bourse de Toronto a connu plus d'amplitude, ce qui confirme l'écart entre le Canada et les États-Unis, à cause de la place importante qu'y occupent les services financiers et les ressources naturelles. Depuis le début de l'année, l'indice torontois a gagné presque 20 %, tandis que le gain du S&P 500, négatif en dollars canadiens, se limitait à 4,6 % en devise nationale.
Les marchés ont plus de vigueur qu'on n'attendait souligne Steve Buisson, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, qui parle aussi d'une semaine tranquille.
Pour sa part, André D'Amours, de la Financière Banque Nationale, fait remarquer que l'indice de volatilité VIX, qui mesure «les craintes des investisseurs», a atteint son niveau le plus bas depuis le 15 septembre dernier, date de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.
Mais, à son avis, au chapitre de l'économie, le thème dominant demeure le même depuis quelques semaines et même quelques mois : l'écart entre l'Asie et le reste du monde.
Par exemple, en Chine, les prêts aux entreprises se sont multipliés par deux et, en mai, la production industrielle s'est accrue de 8,9 % par rapport au même mois de 2008. Au contraire, pour les 16 pays de la zone euro, la baisse de la même donnée a été la plus importante depuis 1986, observe M. D'Amours.
L'erreur à ne pas faire selon lui, pour les gouvernements occidentaux, serait d'interrompre prématurément les mesures de stimulation de leur économie respective.
Les statistiques américaines et canadiennes sur l'inflation seront particulièrement à surveiller la semaine prochaine, ajoute M. Bouchard.
Mais, au Canada, dit M. D'Amours, les anticipations sur les prix à la consommation sont plus basses que le mois précédent. Et le taux d'utilisation des capacités de production (65,9 % au premier trimestre comparativement à 73,7 % pour les trois mois précédents) reste très loin du seuil (82-83 %) auquel les pressions inflationnistes commencent à se manifester.
Aux États-Unis, 10 banques ont fait approuver leur plan de remboursement au gouvernement de quelque 68 milliards $US empruntés dans le cadre des programmes de sauvetage de l'automne dernier.
Cette somme, précise M. Bouchard, dépasse la capitalisation boursière du plus grand groupe bancaire au Canada.
Au chapitre des sociétés cotées en Bourse, André D'Amours fait par ailleurs remarquer que l'on n'avait pas vu depuis longtemps, à cause des risques de poursuites, des dirigeants relever leurs propres prévisions de bénéfices à l'intention des analystes financiers.
Texas Instruments et Hewlett Packard l'ont pourtant fait cette semaine, s'étonne M. D'Amours.
Dans le même ordre d'idées, Steve Buisson note que Home Depot, grâce à des réductions de ses coûts, a aussi indiqué que la baisse de son bénéfice net serait moins importante que prévu par les analystes.
Parmi les autres titres qui ont retenu son attention, dit-il, Pfizer s'est mis à la chasse aux acquisitions tentant non seulement de regarnir son pipeline de nouveaux produits, mais aussi prendre position dans la production de médicaments génériques. Actuellement, 10 milliards $US de ses revenus viennent de produits dont les brevets viennent bientôt à échéance.
Pour l'ensemble de l'industrie pharmaceutique, Carl Bouchard estime que les débats entourant la nouvelle législation sur l'assurance santé aux Etats-Unis pourrait gagner en importance. Les scénarios sont si nombreux et les lobbies si puissants que les investisseurs se tiennent en attente studieuse.
Du côté canadien, M. Buisson note que le prix du pétrole a poussé les indices boursiers à la hausse en dépassant les 72 $US le baril, en semaine. Le prix de l'or noir, rappelle M. D'Amours, a grimpé de 60 % depuis le début de l'année. Sans négliger l'influence des spéculateurs, il ajoute que certains éléments fondamentaux (hausse de la demande en Chine et baisse des inventaires aux États-Unis) militent en faveur d'un prix supérieur. Surtout que l'Office des pays exportateurs de pétrole ont annoncé qu'ils n'ouvriront pas le robinet tant que le baril ne sera pas rendu à 100 $US.
Dans ce domaine, il souligne aussi que deux géants chinois de l'énergie tentent, à hauteur de 8 milliards $, de prendre le contrôle de la société canadienne ADDAX.
Cette manoeuvre risque moins que d'autres de se buter à une opposition politique, puisque les réserves d'hydrocarbures en cause se trouvent non pas au Canada, mais en Afrique et au Moyen-Orient.
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