Jacques Gagné est nostalgique de l'époque où le Québec figurait parmi les champions au Canada et à travers le monde dans le secteur des biotechnologies. «De premier au Canada, il y a cinq ans, nous avons chuté au troisième ou au quatrième rang. Au monde, nous étions assurément parmi les six premiers.
Aujourd'hui, je n'ose pas vous dire où nous nous trouvons», se désole l'ancien doyen de la faculté de pharmacie de l'Université de Montréal qui participe au symposium BioContact sur le partenariat biopharmaceutique.Aujourd'hui, Jacques Gagné est président du conseil d'administration du Centre québécois d'innovation en biotechnologie. Il est aussi vice-président du conseil de Montréal InVivo. Des biotechs, il en a mis au monde. Il siège encore au conseil d'administration de quelques compagnies.
«Sans vouloir jouer à l'alarmiste, je constate que la situation de notre industrie est désastreuse. Nous sommes en train de perdre à peu près 50 % de nos entreprises. Les biotechs, notamment les plus petites, éprouvent beaucoup de difficultés, car le financement est pratiquement inexistant.»
Capital de risque
Dans l'industrie des biotechnologies, le capital de risque se fait toujours aussi rare.
«Il n'y a pas de capital de risque pour permettre à nos entreprises naissantes de passer à l'étape de commercialisation. On a une vallée de la mort qui est épouvantable.»
Pourtant, fait remarquer M. Gagné, le bilan du Québec en matière de recherche demeure excellent. «D'ailleurs, les Américains nous disent de continuer et que nous sommes leur meilleure source. Ils nous regardent aller et lorsque nos compagnies se ramassent sans le sou, ils viennent les acheter pour rien ou à peu près.»
Nouveau médicament
Conférencier invité de BioContact, le directeur général du développement mondial des affaires de Pfizer, Jim McLoughlin, a tenu à avertir les 750 participants au symposium que la période de profonde restructuration de l'industrie pharmaceutique allait se poursuivre pour encore quelque temps.
Premier joueur au monde dans l'industrie du médicament avec des revenus de 75 milliards $US, Pfizer n'a pas encore fini de digérer l'acquisition de l'un de ses compétiteurs Wyeth.
Les conditions économiques vont demeurer fragiles, a affirmé M. McLoughlin en soulignant que les pipelines de produits des géants de l'industrie pharmaceutique s'épuisaient graduellement et qu'il en coûtait de plus en plus cher pour produire un nouveau médicament.
«Il y a quelques années encore, il en coûtait en moyenne 800 millions $US pour fabriquer un nouveau médicament. Aujourd'hui, il est plus juste de parler de 1,2 milliard $US. Pour certaines maladies, notamment l'alzheimer ou les troubles cardiovasculaires, ça peut même dépasser ce montant», a soutenu M. McLoughlin en rappelant que même après avoir investi des centaines de millions de dollars américains, un produit pouvait échouer aux essais cliniques et ne jamais se rendre sur les tablettes d'une pharmacie.












