Il s'agit là d'une «opinion» et non d'une «prévision», a précisé d'entrée de jeu aux membres du Cercle Finance à Québec l'économiste qui ne voudrait surtout pas gagner sa vie en faisant des prédictions sur les prix des hydrocarbures.
Il a rappelé que la volatilité, qui avait gonflé le prix du baril de brut à 147 $US l'an dernier, l'a rabaissé à 35 $US au début de 2009, avant la remontée vers la zone actuelle des 75 $US. À ce niveau, on continue d'acheter l'essence ordinaire pour les automobiles à un peu moins de 1 $ le litre.
Si la demande mondiale de pétrole augmente d'environ 1,5 % par an depuis une dizaine d'années, c'est en grande partie à cause de la consommation en Chine qui s'est multipliée par deux au cours de la période. Aux États-Unis, où on trouve le quart de la consommation mondiale, la demande est stagnante, et elle décline en Europe.
Pour le Canada, la corrélation entre le prix du brut et la valeur du dollar est très forte. Donc une hausse de prix favorisant l'Ouest finit par se répercuter négativement sur les industries manufacturières du Centre.
L'universitaire a aussi rappelé que 90 % du pétrole produit sur la planète provient de pays où le gouvernement contrôle le niveau d'activité. Cela explique en grande partie l'intérêt des étrangers pour les réserves canadiennes qui sont exploitées dans un des rares marchés plus flexibles.
Les réserves de pétrole de la planète ont une limite, mais elles sont encore estimées à 42 années de consommation, au rythme où vont les choses. On devra passer à d'autres sources d'énergie, mais M. Bernard ne croit pas que ce sera à cause de la rareté. Il appuie principalement son analyse sur le coût maximal d'extraction encouru par les producteurs, car c'est ce qui met un plafond sur la hausse des prix.
Actuellement, la palme revient aux sables bitumineux, comme ceux de l'Alberta, dont le seuil de rentabilité se situe un peu en dessous des 75 $US le baril. Il parle donc de ce prix comme d'un «point d'ancrage». Si un autre économiste a ébranlé tout le monde l'été dernier avec une prédiction de 200 $US le baril avant la fin de 2009, on ne semble pas en voie d'y arriver.
Le prix pourrait augmenter temporairement, prévient le professeur Bernard, mais il ne pourrait pas se maintenir longtemps à 200 $US. Tout comme, à son avis, la baisse à 35 $US reflétait un incident de parcours.










