Pour respecter le calendrier de retour à l'équilibre budgétaire, le gouvernement Charest devra désormais dénicher non plus 3,8 milliards $ en nouvelles sources de revenus d'ici 2013-2014, mais 5,1 milliards $.
Plus de 5 milliards $ à trouver en sus du Plan de retour à l'équilibre budgétaire déjà présenté. Le gouvernement parle, pudiquement, de «mesures additionnelles à identifier». C'est énorme, de l'avis de tous.
En dressant le portrait de la situation économique et financière, hier, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a même utilisé le mot compression. Un terme repris par la suite par la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay. Tous deux l'évitaient jusqu'ici.
Le plan de retour à l'équilibre budgétaire prévoit déjà une réduction de la croissance des dépenses de 4,6 % à 3,2 %. Un «effort» de 869 millions $ pour la prochaine année et de près de 4 milliards $ d'ici quatre ans. Un vrai «défi», a convenu le ministre des Finances ; comparable à la moitié de ce qu'a dû affronter le gouvernement Bouchard il y a 10 ans pour rééquilibrer les comptes publics.
Le plan prévoit aussi une hausse de la TVQ de 7,5 % à 8,5 % à compter de janvier 2011, ainsi que l'intensification de la lutte contre l'évasion fiscale et l'évitement fiscal.
La mise à jour économique et financière annonce-t-elle une confrontation avec les syndicats? «Les Québécois peuvent voir les chiffres», a répondu M. Bachand. Une réponse plus significative que sibylline dans les circonstances.
Pommes et oranges
«Quand on se regarde, on se désole; quand on se compare, on se console», a répété M. Bachand, en comparant la situation du Québec à celle de l'Ontario et de la plupart des économies avancées.
Au Québec, le déficit prévu pour l'année en cours est passé de 3,9 milliards $ à 4,7 milliards $. En Ontario, il est passé de 14 à 25 milliards $.
Le ministre mélange des «pommes et des oranges», a dénoncé le péquiste Nicolas Marceau. Il souligne que les dépenses en infrastructures sont comprises dans le déficit de l'Ontario, ce qui n'est pas le cas au Québec.
Pour l'adéquiste François Bonnardel, la dette publique québécoise est devenue «abyssale», «comme on le voit sur le site de l'IEDM», l'Institut économique de Montréal. Il invite Québec à présenter un plan de réduction des dépenses, mais sans s'avancer lui-même.
Les documents du gouvernement indiquent que Québec consacre actuellement près de 10 cents par dollar de revenu au paiement des intérêts sur la dette. En 2013-2014, ce sera près de 14 cents.
Dans l'opposition, seul le solidaire Amir Khadir a salué l'approche jusqu'ici mesurée du gouvernement. Mais «s'attaquer aux services publics serait la pire des erreurs», prévient-il.
«Dérisoire»
À la CSN, Claudette Carbonneau se dit d'accord avec la bonification annoncée de 800 millions $ du programme Renfort. Comme ses partenaires du Front commun représentant 475 000 employés du secteur public, elle estime par ailleurs que la performance du Québec est «enviable» dans les circonstances.
«On est loin de la catastrophe appréhendée», a noté Réjean Parent, au nom du Secrétariat intersyndical des services publics.
Pour Mme Carbonneau, les syndiqués du secteur public n'ont pas «à faire les frais de la crise». Elle remarque qu'Ottawa doit 2,6 milliards $ au Québec au titre de l'harmonisation de la TPS et de la TVQ.
Elle juge «en deçà» de tout et «dérisoire» le scénario rapporté récemment par Le Soleil sur les offres que Québec pourrait consentir aux salariés de l'État. Ce scénario tablait sur un gel salarial la première année, et des hausses de 0,5 % la deuxième et la troisième année du prochain contrat de travail.











