Jeudi matin, le premier ministre du Québec, Jean Charest, s'amène à Fredericton pour ratifier l'accord avec son homologue néo-brunswickois Shawn Graham. Ils seront accompagnés de leur ministre de l'Énergie et des dirigeants des deux entreprises d'État.
Selon les informations qui filtrent dans les médias, Hydro-Québec versera 4,7 milliards $ pour les actifs de celui qui est son concurrent dans certaines régions. L'accord prévoit un gel de tarifs pendant cinq ans pour les résidences et des baisses pour les industries.
En ce moment, les Néo-Brunswickois payent leur électricité 60 % plus cher que les Québécois. Au total, l'entente doit générer 5 milliards $ d'économies pour les clients de cette province sans qu'il n'en coûte à Hydro.
Celle-ci profitera de cette acquisition pour jeter une tête de pont vers les Maritimes, mais surtout sur les marchés du Nord-Est américain. Une source au Québec insiste que les deux parties trouveront leur profit. «La puissance de production d'Hydro mariée à la position stratégique du Nouveau-Brunswick en font une bonne affaire.»
Les premiers pourparlers entre les deux gouvernements ont débuté en janvier, au lendemain de la réélection de Jean Charest, lors d'une rencontre à Ottawa. «Un gouvernement du Parti québécois n'aurait jamais pu signer ça», s'est vanté un interlocuteur.
La capacité de production du Nouveau-Brunswick (3324 mégawatts) est 10 fois moindre que celle du Québec (36 429 MW). Le quart de la production d'Énergie Nouveau-Brunswick provient de l'hydroélectricité.
Des centrales thermiques (charbon, mazout ou gaz naturel) produisent près de la moitié de l'énergie. Elles ne seraient pas incluses dans l'entente. Il n'a pas été possible de savoir si la centrale nucléaire de Pointe Lepreau, dont la réfection a été affectée par des dépassements de coûts autant que par des délais, fait partie du pacte.
Pas d'unanimité
L'annonce à venir est loin de faire l'unanimité. À Radio-Canada, Pierre-Olivier Pineau, professeur aux Hautes Études commerciales de Montréal, a indiqué que l'entente résout le «casse-tête» de l'approvisionnement énergétique auquel fait face le Nouveau-Brunswick.
À l'Université Laval, Jean-Thomas Bernard a qualifié «d'intrigant» l'accord. L'achat d'une société d'État par sa voisine, a commenté le spécialiste des questions énergétiques, «ça ne s'est jamais vu». Une affirmation confirmée par l'Office national de l'énergie.
M. Bernard avance qu'Hydro y trouve son compte «peut-être par un accès additionnel». Mais la transaction ne s'explique pas par la volonté d'écouler les surplus de production, surplus qu'il juge «passagers».
Au niveau politique, la décision de faire passer l'essentiel d'Énergie Nouveau-Brunswick sous contrôle québécois risque de provoquer des flammèches. Le premier ministre de Terre-Neuve a déjà laissé entendre qu'il combattra toute tentative de prise de contrôle par Hydro. Dany Williams considérerait ce geste comme une tentative délibérée du Québec de bloquer la réalisation de son projet hydroélectrique du Bas-Churchill.
Le critique du Parti québécois s'est montré prudent. «Il y a certainement des avantages stratégiques», a glissé Sylvain Gaudreault. Par contre, il a rappelé qu'Énergie Nouveau-Brunswick traîne dans son passif une dette de 4 milliards $, «des installations désuètes et peu efficaces» et une centrale nucléaire qui a coûté une fortune à retaper. «Qui va assumer la dette? Les Québécois, par des hausses de tarifs? Hydro, par une baisse de dividendes?»











