Le message venait d'Yves Goudreau, vice-président au développement chez Premier Tech de Rivière-du-Loup. Il a retenu hier l'attention des participants à un colloque réunissant des entrepreneurs, des financiers, des universitaires et des syndicalistes. Cette rencontre était orchestrée par l'Institut de recherche en économie contemporaine pour discuter de politique monétaire et du dollar. M. Goudreau, dont l'entreprise a continué son expansion malgré la crise, a notamment déploré que 55 % des entreprises sondées par la Fédération des chambres de commerce du Québec n'aient pas de plan d'investissement dans leur cartable. Il a par ailleurs plaidé pour une simplification des programmes d'aide gouvernementale.
«Les entrepreneurs ne s'y reconnaissent plus», dit-il, ce à quoi a acquiescé Pierre Fortin, économiste à l'UQAM.
Devant les fluctuations du dollar, M. Goudreau a expliqué que son organisation utilise des outils de couverture sur les taux de change, mais doit budgéter avec un huard oscillant entre 99 ¢ et 1,03 $US.
Selon Normand Chouinard, du Fonds de solidarité FTQ, les chefs de PME ont trop peu de temps pour gérer ces questions.
Il serait temps, selon Pierre Fortin, de remettre à l'agenda des débats publics l'hypothèse d'une monnaie commune avec les États-Unis.
Michel Arsenault, président de la FTQ, avait d'entrée de jeu surpris tout le monde en affirmant que cette option ne doit pas être écartée, tant la force du dollar liée aux ressources énergétiques de l'Ouest risque «d'asphyxier» l'économie manufacturière de l'Est. Mais l'impossibilité «politique» d'établir une monnaie commune en Amérique du Nord a presque fait consensus. Pour Marc VanAudenrode, économiste à l'Université de Sherbrooke, le Canada deviendrait au mieux un «district» de la Réserve fédérale qui gère la politique monétaire des États-Unis.
Mario Saccareccia, économiste de l'Université d'Ottawa, montre le risque que les entreprises canadiennes soient davantage à la merci des consommateurs américains. Il réfute aussi l'argument de l'Europe où l'euro a surtout été un outil «d'intégration politique».
Presque tout le monde, en commençant par François Barrière, spécialiste du marché des devises, à la Banque Laurentienne, a insisté sur la capacité limitée de la Banque du Canada (BdC) d'intervenir sur le cours du dollar. Contre les spéculateurs, dit-il, ses réserves monétaires seraient épuisées en trois ou quatre heures.
Cela n'a pas empêché plusieurs intervenants de tirer à boulets rouges sur la BdC. «Indifférence calculée», accuse Michel Arsenault. Au moins, elle pourrait s'abstenir d'inviter les spéculateurs en disant qu'elle n'interviendra pas, dit M. VanAudenrode. Il souhaiterait que la stabilité du huard soit un des «objectifs formels» de la banque centrale, au même titre que le contrôle de l'inflation.
Mais déjà, rappelle François Barrière, les principales monnaies concurrentes du dollar américain sont chères et le billet vert pourrait rebondir parce qu'il demeure le noyau du système financier. Selon lui, notre dollar pourrait remonter à court terme à la parité avec celui de nos voisins, mais un retour à la zone 85-90 ¢US est à envisager dans le courant de 2010.
Simon Prévost, président de l'Association des manufacturiers et exportateurs du Québec a déploré que l'accès au crédit se soit détérioré, ces dernières années.
Sans trancher dans le débat sur la politique monétaire, il a conclu en exhortant les entrepreneurs québécois à travailler au succès tant de leurs fournisseurs que de leurs clients afin d'assurer la croissance de leur propre entreprise.











