Le porte-parole des chaînes de restaurants, comme St-Hubert et La Cage aux Sports, pour ne nommer que celles-là, considère que le projet de loi 71 qui vise à sévir contre les conducteurs dont le taux d'alcool dépasserait 0,05 s'attaque aux citoyens ordinaires, qui sont, à son point de vue, des conducteurs responsables.
M. Lefebvre prône des mesures sévères pour ceux qui dépassent 0,08, et suggère d'accentuer la surveillance sur les routes pour prendre en défaut les conducteurs irresponsables, mais a réclamé à plusieurs reprises «que l'on laisse la paix à ceux qui conduisent avec un taux d'alcool entre 0,05 et 0,08. «Lâchez-nous avec votre paternalisme. Arrêtez de traiter les gens comme des enfants», a été le cri du coeur du porte-parole des restaurateurs.
Le gouvernement est rendu sur mon patio, a-t-il illustré. Après le gras trans, la malbouffe, l'embonpoint, voilà que le gouvernement veut me dire comment me comporter quand mon beau-frère vient prendre une bière sur mon patio, de s'emporter M. Lefebvre.
Son ton sévère, le porte-parole des restaurateurs l'explique par sa grande conviction que les restaurateurs vont écoper si la loi est adoptée. «J'ai excessivement peur que les ventes reculent au niveau qu'elles étaient il y a 10 ou 15 ans.»
Déjà que la récession de 2009 s'est soldée par la perte de 18 000 emplois dans le secteur de la restauration, de dire M. Lefebvre. «Il y en aura encore plus avec le projet de loi 71», de prédire le porte-parole des restaurateurs.
Seule dans son camp
Le Québec est la seule province où la norme du 0,05 n'existe pas. Des études d'impact sur les affaires des restaurateurs ont donc été menées ailleurs au pays. Mais, M. Lefebvre refuse de les citer, disant ne pas vouloir faire ce qu'il reproche au gouvernement.
Le porte-parole est las de la comparaison avec les autres provinces. Il a l'impression qu'il faut imposer le 0,05 au Québec parce que les autres provinces le font. D'où sa réticence à utiliser les études d'impact venues d'ailleurs.
À son point de vue, des mesures mises de l'avant il y a deux ans ont largement contribué à améliorer le bilan routier. Il prône donc une accentuation de ces mesures, comme des sanctions plus sévères, des campagnes d'information, et une plus grande surveillance sur les routes.
M. Lefebvre souligne que les restaurateurs sont des gens responsables. Plusieurs chaînes forment leur personnel pour savoir comment intervenir lorsqu'il y a abus de la part de clients. «Aucun restaurateur n'est intéressé à retrouver le nom de son établissement en première page du journal parce qu'il a laissé partir quelqu'un qui n'était pas en mesure de conduire.»
Le porte-parole des chaînes de restaurants ne se fait pas d'illusion. Il sait qu'il n'a pas convaincu la ministre Julie Boulet à renoncer à son projet de loi. «Est-ce que tout le monde a fait fausse route en imposant le 0,05 ou une norme encore plus sévère?» a demandé la ministre des Transports après avoir énuméré les nombreux pays où une telle norme est appliquée.
Selon Mme Boulet, abaisser à 0,05 l'alcoolémie au volant réduirait de 8 % le nombre de morts sur les routes québécoises, soit 40 décès de moins par année.
Deuxième intervenant en commission parlementaire, le CAA-Québec dit oui au 0,05 au nom de la sécurité routière. L'organisme a mené un sondage parmi ses membres qui se sont dits à 67 % d'accord avec cette mesure plus sévère.
Une arrestation avec une alcoolémie entre 0,05 et 0,08 entraînerait seulement une suspension du permis de conduire pendant 24 heures; pas d'amende, et aucun point d'inaptitude ne s'ajouterait au dossier du conducteur fautif.











