Il y a encore plusieurs «si» à l'équation. N'empêche. Le gouvernement du Québec, qui cherche désespérément des nouveaux revenus pour atteindre l'équilibre financier, pourrait compter sur des revenus de royautés gazières inespérées pour boucler ses prochains budgets.
De quoi surtout changer l'humeur du ministre des Finances, Raymond Bachand. Car ces temps-ci, à Québec, on se demande comment on pourra renouer avec l'équilibre (déficit zéro) des finances de la province d'ici quelques années.
C'est déjà réglé pour les quatre prochains budgets : Québec portera les déficits à la dette publique. En fait, la récente récession a tellement coûté cher que le gouvernement du Québec sera incapable de retrouver l'équilibre financier avant l'année financière 2013-2014.
En clair, Québec aura besoin de 5 milliards $ supplémentaires pour l'année 2013-2014 afin de retrouver le chemin de l'équilibre.
Plusieurs idées avancées ces derniers mois risquent de trouver une oreille attentive auprès du gouvernement Charest. Nouvelle hausse de la TVQ en 2012, hausse des tarifs d'Hydro-Québec, imposition d'un «ticket modérateur» dans les hôpitaux, augmentation des frais de scolarité et des tarifs à 7 $ dans les garderies.
Mais personne n'a vraiment encore avancé l'option des royautés gazières pour aider à payer la facture de l'épicerie.
Au ministère des Ressources naturelles, on se fait encore très petits. Depuis une semaine, personne n'est disponible pour commenter le dossier.
«Il est évident que les royautés sur le gaz naturel changeront le portrait financier de la province d'ici quelques années», soutient de son côté l'analyste financier Éric Lemieux chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
Pour l'heure, les estimés les plus conservateurs parlent d'un potentiel exploitable de gaz naturel d'environ 25 trillions de pieds cubes (tcf) pour les shales de l'Utica du Québec situés dans les basses-terres du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal.
Pour l'analyste Kim Page de la firme Wellington West Capital Market, le potentiel des shales de l'Utica du Québec pourrait varier entre 10 et 25 tcf. L'analyste Éric Lemieux croit à un réservoir potentiel exploitable de 20 à 25 tcf.
Remarquez que cela pourrait être davantage.
Dans une étude dévoilée en 2008, la pétrolière albertaine EnCana a estimé que la réserve potentielle gazière du Québec pourrait varier entre 35 et 163 tcf.
Or, ici, deux questions viennent à l'esprit : quand le Québec pourrait commencer à encaisser ces royautés et combien pourra-t-il encaisser?
Si tout va comme prévu, la production de gaz naturel sur une base industrielle pourrait débuter l'an prochain.
Cela dépendra surtout des prochaines trouvailles de Questerre (QEC; Tor) et son partenaire Talisman (TLM; Tor) ainsi que de Junex (JNX; Tor) et son partenaire Forest Oil (FST; NYSE).
Il y a deux semaines, Questerre et Talisman ont annoncé avoir foré un puits de gaz naturel à l'horizontal à Saint-Édouard de Lotbinière dont le débit moyen tourne autour de cinq millions de pieds cubes par jour.
Ce qui nous amène au montant des royautés. Un petit calcul rapide laisse ainsi entrevoir de grandes retombées gazières pour le Québec puisque la province touchera 12,5 % du prix des 1000 pieds cubes sortis du sol québécois. Au marché actuel, 1000 pieds cubes valaient hier 4,51 $US à la Bourse NYMEX de New York.
Dans une hypothèse d'un marché à 5 $US les 1000 pieds cubes, le gouvernement du Québec toucherait 62,5 ¢US en royautés gazières. Si un tcf équivaut à 1000 milliards de pieds cubes, Québec toucherait 15,6 milliards $US en royautés au cours des 20 prochaines années.
Mais voilà, peu d'observateurs croient que le prix du gaz naturel pourrait rester aussi bas que 5 $US les 1000 pieds cubes d'ici
20 ans. Dans une hypothèse d'un prix moyen à 7 $US (1000 pieds cubes), les royautés touchées par Québec passeraient à 22 milliards $US. À 9 $US, on parle de royautés de 28 milliards $US.
Évidemment, ce scénario n'est que la pointe de l'iceberg. Les analystes signalent que les retombées gazières seront beaucoup plus importantes que les seules royautés encaissées par Québec.
Nous pourrions assister à la création de milliers d'emplois dans le secteur du pétrole et du gaz au Québec. Et ce, sans compter les sommes investies par les producteurs et prospecteurs pour creuser des puits. Creuser un puits peut coûter entre 5 à 10 millions $ par les temps qui courent. Multipliez cette somme par un potentiel de 1000 puits...
Alors, nul doute que la découverte significative d'un gisement de gaz naturel au Québec changera à jamais le visage des finances publiques de la province.
Reste à savoir quand les premières royautés feront sonner la caisse...











