En entrevue éditoriale au Soleil cette semaine, les porte-parole de BioQuébec, organisme voué à la promotion des intérêts des entreprises liées aux sciences de la vie, ont réclamé une stratégie intégrée pour contrer les menaces du sous-financement et de la concurrence mondiale croissante.
Ayant participé à la mission économique québécoise en Inde, au début de février, Johane Boucher-Champagne, présidente et chef de la direction d'Anapharm et vice-présidente de BioQuébec, identifie notamment à ce pays de 1,1 milliard d'habitants l'une des menaces pour ce fleuron de l'économie québécoise.
Là-bas, elle a observé chez les intervenants en biotechnologie un véritable désir de grandir et de se concerter, alors qu'ici, «on commence à se parler», à constater qu'on ne peut pas ne pas travailler ensemble.
Dépenses en baisse
Pour Mario Lebrun, directeur général de l'organisme qui représente une centaine de sociétés employant quelque 1400 personnes, les dépenses de recherche et de développement de ses membres semblent se contracter, même en comparaison de 2009.
Seulement 27 % des entreprises prévoient dépenser 5 millions $ et plus en 2010, comparativement à 33 %, l'an dernier.
La situation empire aussi au chapitre de l'emploi selon un sondage maison. Quant aux liquidités disponibles pour le financement des études cliniques et autres phases de développement, 70 % des entreprises disent en avoir pour moins de 12 mois.
Les entreprises d'ici, explique M. Lebrun, doivent réduire leurs équipes de chercheurs pour pouvoir protéger leur propriété intellectuelle. Mais elles auront accumulé des retards quand la situation se rétablira.
Signaux clairs
Le gouvernement québécois, dit Mme Boucher-Champagne, doit envoyer des «signaux très clairs aux investisseurs». Jusqu'à maintenant, M. Lebrun n'a toujours pas vu chez ses interlocuteurs la couleur de l'argent attendu grâce à la réintroduction en mars 2009 du Régime d'épargne actions (REA II).
À l'approche du budget du Québec, BioQuébec propose donc une série de mesures pour dynamiser son secteur.
À court terme, l'industrie réitère sa demande pour qu'une partie des pertes accumulées liées aux dépenses de recherche et développement soit convertie en un paiement anticipé unique. Le coût d'une telle mesure est estimé à 160 millions $, mais, dans le contexte actuel, la survie de nombreuses entreprises est en cause, selon M. Lebrun. Plus une société de biotechnologie s'approche de la commercialisation, plus son financement devient critique, précise Mme Boucher-Champagne.
Le gouvernement pourrait aussi négocier avec les grandes sociétés pharmaceutiques une accélération de l'inscription de certains nouveaux médicaments sur les listes officielles de remboursement par l'assurance médicaments, en contrepartie d'une garantie qu'une partie des profits ainsi réalisés plus rapidement serait réinvestie dans des entreprises de biotechnologie au Québec.
Sur le plan de la fiscalité, BioQuébec parle aussi de faciliter l'accès aux capitaux au moyen d'actions accréditives comparables à celles qui favorisent l'investissement dans l'exploration minière.
Une autre option pourrait être une exemption d'impôt sur le gain en capital éventuellement réalisé par les investisseurs qui acquièrent des actions d'entreprises biotechnologiques québécoises. BioQuébec n'est toutefois pas en mesure de chiffrer les coûts pour le gouvernement qui seraient associés à l'une ou l'autre des deux dernières propositions.











