Cette crainte a été exprimée haut et fort par le Parti québécois, mardi matin. Une inquiétude qu'a semblé partager le gouvernement Charest puisqu'il s'est empressé de bouger.
Dès l'après-midi, la vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a présenté, conjointement avec le PQ, une motion visant à porter les revendications du Québec jusqu'à Ottawa.
La motion se lit comme suit : «Que l'Assemblée nationale exige du gouvernement fédéral la conclusion, dans les plus brefs délais, d'une entente avec le gouvernement du Québec relativement à l'exploration et l'exploitation pétrolières et gazières dans la partie québécoise du golfe du Saint-Laurent.»
Elle devra comporter «les mêmes avantages que ceux reconnus dans les ententes signées avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse».
Si la résolution n'a pas été adoptée, c'est que le député Amir Khadir, de Québec solidaire, s'y est opposé pour des considérations liées à l'environnement. Les Madelinots s'inquiètent aussi de cet aspect.
N'empêche. Sur un plan politique, le dossier vient d'être réactivé. Le gouvernement Charest a décidé de lever «le ton», pour reprendre les mots de Mme Normandeau.
«Le Québec a fait preuve de très grande patience», a-t-elle dit.
Pour les péquistes Sylvain Gaudreault et Alexandre Cloutier, il ne s'agit pas de patience, mais de pur «laxisme».
«Comment se fait-il que Terre-Neuve a réglé cette question territoriale avec le gouvernement canadien en 1985 et que la Nouvelle-Écosse l'a réglée en 1982?» a demandé Alexandre Cloutier.
«Comment se fait-il que le gouvernement canadien refuse de s'entendre avec le gouvernement du Québec?»
Depuis 12 ans, le gouvernement fédéral prétend qu'il a pleine et entière juridiction sur le fond marin dans le golfe, ce que conteste Québec. Un second litige porte sur le tracé de la frontière entre Terre-Neuve et le Québec dans cette zone.
«C'est inacceptable qu'à partir de Terre-Neuve une entreprise vienne puiser dans nos réserves», a dénoncé M. Gaudreault. Le député de Jonquière croit que ce gisement, si le Québec décidait un jour de l'exploiter, permettrait de tendre vers l'indépendance énergétique.
Nathalie Normandeau espère que son vis-à-vis canadien, Christian Paradis, aura la volonté de régler ce dossier avec le Québec - un dossier que le PQ présente comme le principal litige avec Ottawa actuellement. Corridor Resources a attendu et espéré un tel règlement pendant des années avant de décider de procéder à des phases d'exploration du côté de Terre-Neuve.
Réponse sibylline
Mardi, le cabinet du ministre canadien Christian Paradis s'est contenté d'une réponse sibylline. Il a fait savoir que «le gouvernement fédéral est toujours prêt à travailler avec le Québec, et toutes les provinces du Canada, pour assurer une exploitation responsable et durable de nos ressources naturelles».
L'entreprise Corridor Resources estime que la structure géologique appelée Old Harry est très riche en hydrocarbures. Elle contiendrait deux milliards de barils de pétrole et cinq trillions de pieds cubes de gaz naturel.


























