Industrie touristique: le calme avant la tempête

Directrice générale du Conseil québécois des ressources humaines en... (Photo: David Boily, archives La Presse)

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Photo: David Boily, archives La Presse

Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) Directrice générale du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT), Adèle Girard n'en démord pas. Le contexte de pénurie de main-d'oeuvre est la meilleure chose qui pouvait arriver à l'industrie touristique. «Ça va obliger les employeurs à s'occuper de leurs travailleurs.»

À son avis, plusieurs entreprises touristiques tardent à s'éveiller à la réalité qui va bientôt secouer l'industrie. Avec une diminution démographique importante qui va frapper les travailleurs de 15 à 24 ans - ces jeunes occupent près du tiers des emplois dans le secteur touristique - et le vieillissement de la main-d'oeuvre, le Québec pourrait se retrouver avec 55 000 postes vacants dans cette industrie en 2025.

Dans le seul secteur de la restauration, la pénurie pourrait excéder 35 000 emplois.

Pénurie en 2015 à québec

Pour la ville de Québec, la pénurie attendue en 2015 pourrait atteindre 6500 postes, révèle une étude réalisée l'an dernier par le Conseil canadien des ressources humaines en tourisme et le Conference Board du Canada.

Selon Adèle Girard, la région de la Capitale-Nationale va vivre une situation particulière, puisqu'elle ne peut compter sur la présence des immigrants sur son territoire et que le bassin d'assistés sociaux aptes au travail est pratiquement à sec.

«Oui, les entreprises ont de la difficulté à recruter du personnel, mais le problème n'est pas encore suffisamment important à leurs yeux pour qu'elles se préparent dès maintenant à faire face à la tempête qui s'en vient», fait remarquer Mme Girard.

«Après 2008, les employeurs ont eu l'impression qu'ils s'étaient tirés d'affaire. Ce n'est pas le cas. Le problème est tout simplement reporté à plus tard. Et la concurrence sera vive pour s'arracher les talents», commente l'économiste de la direction régionale de la Capitale-Nationale d'Emploi-Québec, Martine Roy, en rappelant que le secteur du commerce de détail n'était pas sorti du bois lui non plus.

Récemment, le CQRHT a réalisé une mise à jour du diagnostic de l'état de santé de l'industrie.

En plus de devoir composer avec un taux élevé de roulement du personnel - il atteint 53 % dans la restauration et l'hébergement - l'industrie est en concurrence avec d'autres secteurs qui, eux aussi, doivent recruter des ressources dans un contexte de resserrement des conditions du marché du travail.

Conditions de travail

Les conditions de travail - «des emplois souvent précaires, à temps partiel [42 %] ou saisonnier [30 %], et mal rémunérés» jouent en défaveur des entreprises touristiques. «Les entreprises sont peu portées à offrir d'autres avantages [avantages sociaux ou gratifications]. De plus, elles investissent peu dans la formation», avance le diagnostic sectoriel.

Selon le document, «une simple hausse des salaires ne saurait régler de manière efficace le problème de main-d'oeuvre. Les entreprises se verraient alors forcées de transmettre aux clients la facture de leurs coûts d'exploitation plus élevés».

À titre d'information, le revenu d'emploi annuel moyen des employés de l'industrie touristique s'établit à 21,488 $, soit 61 % du revenu moyen de l'ensemble de la population en emploi au Québec.

«Au-delà des salaires, les employeurs doivent garantir des heures à leurs employés et cesser de les renvoyer à la maison dès qu'il n'y a plus de clients», fait remarquer Adèle Girard.

«Contrairement à d'autres secteurs, le tourisme attire, mais il n'arrive pas à retenir ses travailleurs. Pour un jeune, avouez que c'est pas mal plus tripant d'aller travailler dans une Cage aux Sports que dans une usine, même si c'est moins payant. Le jeune, ce qu'il veut, c'est d'avoir du fun dans ce qu'il fait. Si le propriétaire du restaurant parvient à trouver une façon de créer un bon esprit d'équipe dans son établissement, s'il respecte les horaires convenus avec son personnel et s'il fait preuve d'un peu de flexibilité, il n'aura pas de problème de rétention», explique-t-elle.

 

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