Si l'on voit de plus en plus de têtes grises servir les clients dans le commerce au détail, leur présence dans les établissements touristiques commence à peine à se faire remarquer. «Le recours aux retraités n'est pas encore une tendance lourde dans notre industrie», confirme Daniel Gagnon, directeur des communications et de la publicité à l'Office du tourisme de Québec.
Par la force des choses, cette industrie devra se tourner vers cette clientèle.
Déjà, les jeunes sont de moins en moins nombreux et le secteur touristique n'est pas toujours leur premier choix.
Selon l'économiste Martine Roy de la direction régionale de la Capitale-Nationale, les entreprises touristiques s'abreuvent beaucoup dans le bassin des 15 à 24 ans. Dans la restauration, c'est pratiquement un emploi sur deux qui est occupé par un jeune de 15 à 24 ans.
Selon le CQRHT, cette population va chuter de plus de 13 % au cours des 10 prochaines années. «L'industrie touristique devra combler l'équivalent de 30 000 postes laissés vacants par les jeunes à cause de la baisse démographique des 15-24 ans.»
Il est utile de préciser que l'industrie touristique procure 45 % des emplois d'été des étudiants et 62 % des emplois des étudiants durant l'année scolaire.
Les intervenants consultés par Le Soleil font également remarquer que les jeunes travaillent de moins en moins l'été. Et comme ils travaillent de plus en plus pendant leurs études - ce pourcentage est passé de 49 % à 64 % entre 1997 et 2008 -, ils mettent la pédale douce au cours de l'été. Ils sont plusieurs à prendre une semaine ou deux de repos avant de retourner sur les bancs d'école. À compter de la première ou de
la deuxième semaine du mois d'août, ils sont déjà partis.
Et il y a toujours les contraintes du calendrier scolaire qui ne coïncide pas avec les périodes de haute saison touristique. L'allongement de la saison touristique en août et en septembre cause des maux de tête aux entreprises.
«Cette année, la rentrée au cégep va se faire le 24 août. Et nous, nous demeurons ouverts jusqu'au 29 août. C'est évident que ça nous complique l'existence», témoigne Ginette Robert, directrice des ventes et du marketing au Village Vacances Valcartier.
Les retraités en renfort!
Le besoin de combler la demande de personnel au printemps et à l'automne a incité la direction du site d'interprétation et de plein air Les Sept-Chutes, de Saint-Ferréol-les-Neiges, à intégrer des retraités dans son équipe de guides.
Une décision que ne regrette pas la directrice générale Guylaine Pichette qui parle de l'existence d'une belle complicité entre les jeunes et les moins jeunes même s'il a fallu intervenir, à quelques occasions, pour régler de petits accrochages intergénérationnels.
«Il faut gérer des mentalités différentes, des personnes qui ont reçu une éducation différente», fait-elle remarquer en précisant qu'en général, les retraités ne retournaient au travail non pas par nécessité, mais pour leur plaisir. «Il faut donc faire preuve de souplesse dans l'aménagement des horaires.»
Il y a trois ans, Tourisme Cantons-de-l'Est a fait appel à des retraités pour travailler à l'accueil dans ses 18 bureaux d'information. Pour la vingtaine de postes disponibles, l'organisme a reçu 300 demandes!
Ce qui devait être un projet-pilote de deux ans est devenu un succès qui suscite la curiosité d'un peu partout au Québec.
«Nous avons été surpris par la quantité de demandes, mais aussi par la qualité des postulants», raconte Marie-France Bourdages, directrice du développement de l'offre et des services aux membres.
«Nos retraités travaillent en moyenne entre 20 et 25 heures par semaine. Ça nous oblige à embaucher plus de monde pour combler tous les quarts de travail.»
Les postes en accueil touristique sont tout désignés pour les retraités. «Un poste de préposé à l'accueil fait appel à leur expérience, à leur bonne connaissance de leur milieu. Nos retraités ont aussi déjà voyagé. Ils savent comment accueillir les gens. Ils possèdent des habilités en savoir-être qui sont précieuses.»
«Jumelés à nos jeunes, les retraités permettent de former des équipes multigénérationnelles de préposés à l'accueil extraordinaires», conclut Mme Bourdages.












