Selon le plus récent rapport du syndic Ernst&Young, qui supervise le passage de Papiers White Birch sous la protection de la Loi canadienne sur les arrangements avec les créanciers, on constate que les trois usines canadiennes ont versé 18,8 millions$US en frais de gestion à leur propriétaire actuel au cours des neuf premiers mois de 2011.
Comme Le Soleil le rapportait au début du mois d'août (nous parlions alors de frais de gestion de 5,8 millions $US pour les trois premiers mois de 2011), ces frais de gestion déjà très controversés chez Papiers White Birch représentent 3 % des revenus bruts (624,5 millions$US) des trois usines canadiennes de la papetière entre janvier et la fin septembre.
Depuis que Papiers White Birch s'est placée à l'abri de ses créanciers, en février 2010, la papetière a versé tout près de 35 millions$US à Peter Brant par l'entremise de sa société de gestion Brant Industries.
Des frais abusifs, alors que l'entreprise vivote à l'abri de ses créanciers? Lundi, personne chez Papiers White Birch n'était disponible pour répondre à nos questions. Le président Jean Blais ne nous a pas rappelés.
Chez le syndic Ernst&Young, le responsable au dossier Martin Rosenthal n'était pas lui non plus disponible pour clarifier la situation.
Or, dans son plus récent rapport, Ernst&Young souligne que cette pratique de versement de frais de gestion de 3 % remonte à plus de 2005 chez Papiers White Birch. Une pratique qui a aussi reçu l'aval des principaux créanciers de la papetière.
Ces fameux frais de gestion de 3 % chez Papiers White Birch font d'ailleurs l'objet d'un recours judiciaire aux États-Unis contre la société Brant Industries. Papiers White Birch possède quatre usines en Amérique du Nord, soit celle de Bear Island (Virginie), de Stadacona (Québec), de F.F. Soucy (Rivière-du-Loup) et de Papiers Masson (Gatineau).
Un groupe de créanciers de l'usine Bear Island soutient que le paiement de ces frais de gestion versés à Brant Industries a été effectué de façon «frauduleuse», alors que l'usine américaine, sous le chapitre 11 de la Loi sur les faillites des États-Unis depuis février 2010, n'en avait pas «expressément l'obligation».
Le groupe américain de créanciers réclame 8,4 millions$US à Brant Industries pour des frais de gestion de 3 % imposés sur les revenus bruts de l'usine Bear Island ces deux dernières années. Les créanciers exigent également le paiement de 3,8 millions$US versés en 2009 à Brant Industries.
Au Canada, aucune poursuite n'a encore été déposée. Cependant, plusieurs créanciers de Papiers White Birch à qui nous avons parlé remettent en question le paiement de ces frais, alors que l'entreprise vient de fermer l'usine Stadacona de Québec pour non-rentabilité et que le déficit du régime de retraite des employés s'élève à plus de 300 millions$.
Gestion opaque
Pour le professeur spécialisé en politique forestière à l'Université Laval Luc Lebouthillier, le paiement de ces généreux frais soulève de sérieux doutes sur la transparence de la gestion chez Papiers White Birch. «Chose certaine, cela engendre des rendements très intéressants pour une société qui ne figurent pas au bilan. Nous sommes donc devant un bel exemple de financiarisation de l'économie», a-t-il souligné lundi.
Selon le professeur, il ne fait pas de doute que ces frais de 3 % «demeurent très élevés et cher payés» dans un contexte où l'industrie des pâtes et papiers a déjà connu des jours meilleurs.
Analyste du secteur des pâtes et papiers dans la lettre financière The Reel Time Report de Los Angeles, Verle Sutton met fortement en question lui aussi le versement de ces frais de gestion, alors que Papiers White Birch est sur le respirateur artificiel. Il soutient que sans le paiement de cesdits frais, «les trois usines canadiennes n'auraient aucun problème à atteindre le seuil de rentabilité».
L'analyste Verle Sutton s'étonne d'ailleurs qu'aucun créancier canadien n'ait encore déposé de recours judiciaire pour contester le paiement de ces fameuses commissions au richissime propriétaire de Papiers White Birch.
Qui est Peter M. Brant?
Homme d'affaires américain né en 1947, Peter M. Brant est notamment le propriétaire de Papiers White Birch, une papetière placée sous la Loi des arrangements avec les créanciers depuis février 2010.
Par le passé, Peter M. Brant a déjà aussi brassé des affaires dans les secteurs des médias écrits, des oeuvres d'art et du cinéma (producteur). Amateur de courses de chevaux, il voue aussi une grande passion pour le polo.
En 1990, il a été reconnu coupable pour des failles dans sa comptabilité fiscale aux États-Unis. Il a purgé une peine de prison de 84 jours avant d'être libéré. Peter M. Brant est marié à l'ancien mannequin Stephanie Seymour. Sa fortune personnelle est estimée à 2,4 milliards$US, selon le magazine Forbes
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