La nutritionniste Louise Lambert-Lagacé constate que «beaucoup de gens achètent ?au cas où?, mais le ?au cas où? n'arrive jamais. Les intentions sont bonnes, mais ça ne finit pas dans la casserole ou dans l'assiette».
C'est parfois le résultat d'un manque de compétence culinaire, mais surtout d'un manque de temps. «On ne veut pas retourner deux fois au magasin dans la semaine parce qu'on est trop pressés, alors on fait des petites réserves, mais on reste pris avec», note l'auteure de plusieurs best-sellers sur l'alimentation.
Les achats de verdure sont particulièrement tordus. De nombreux consommateurs, soucieux de leur alimentation, achètent des légumes frais à la tonne dans l'espoir de les mettre au menu pendant la semaine. Mais, trop souvent, ils les oublient dans le tiroir du frigo ou ne prennent pas le temps de les apprêter. Quand leur attention se porte dessus, après quelques jours, les légumes sont trop flétris pour être mangés, alors ils finissent à la poubelle.
C'est mauvais pour la santé, pour le portefeuille et pour l'environnement à la fois. «On achète pour se donner bonne conscience, mais on ne va pas au bout de la démarche», déplore Mme Lambert-Lagacé.
L'exagération est d'autant plus facile que les emballages grossissent au même rythme que les ménages rapetissent. Les circulaires des grandes chaînes de distribution mettent aussi régulièrement en une des offres alléchantes permettant d'acquérir plusieurs articles pour un prix moindre ou d'obtenir des articles gratuits. Pensez aux barquettes de framboises à trois pour 5 $ ou aux deux pots de yogourt vendus au prix d'un seul. L'effet sur les ventes serait phénoménal selon les concepteurs des populaires feuillets.
Gale West, professeur au département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval, rappelle que ces techniques de vente fonctionnent surtout avec une clientèle jeune, comme les couples et les familles, car «les achats sont directement liés à la capacité d'entreposage à la maison».
Épicerie sans liste
Il faut aussi considérer comme responsable cette façon toute contemporaine de faire le marché en se laissant porter par nos désirs ponctuels. Exit la liste d'épicerie, bienvenue aux coups de coeur! Les achats discrétionnaires prennent plus de place que les essentiels dans le panier. Sauf qu'une fois à la maison, c'est le dur retour à la réalité. «On se laisse aller à ce qui nous tente, on est plein de projets. Mais quand c'est le temps de passer à l'action, on n'a plus le goût, plus l'énergie de cuisiner», résume Mme West.
Pour éviter les pertes, il faut plus de rationnel. Planifier les repas de la semaine, dresser la liste des aliments à acquérir ? et s'y tenir! ? et prévoir un peu de temps pour gérer les incontournables surplus.
D'un point de vue économique, acheter plus pour profiter des rabais est tout à fait justifié. C'est d'ailleurs ce que recommandent les organismes communautaires offrant de l'accompagnement budgétaire. Mais il devient alors impératif de diviser les produits frais en portions adaptées à la grosseur du ménage. Les fameux «au cas où» doivent être cuisinés sur-le-champ ou prendre le chemin du congélateur, le meilleur ami du cuisinier pressé.











