Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV) vient tout juste d'émettre une recommandation positive au ministre Laurent Lessard, l'enjoignant à accorder une indication géographique protégée (IGP) à l'agneau de Charlevoix. Associé au territoire charlevoisien, ce nom sera désormais réservé aux seuls producteurs accrédités. Les usurpateurs seront poursuivis en justice.
Lucie Cadieux, propriétaire de la ferme Éboulmontaise et leader de la démarche de reconnaissance amorcée il y a plus de
10 ans, en a reçu la confirmation écrite lundi. «Je vais boire le champagne quand tout sera officiel», dit-elle avec une pointe d'excitation dans la voix.
Jack Roy, l'attaché de presse du ministre, confirme qu'il se fera «un plaisir d'annoncer la bonne nouvelle» bientôt. Cela fait deux ans que M. Lessard attend ce moment historique.
Une première
Le Québec est le premier gouvernement d'Amérique du Nord à reconnaître officiellement la spécificité d'un produit alimentaire en fonction de son terroir d'origine ou de ses méthodes de fabrication. Il s'est inspiré de la France, qui compte plus de
600 produits protégés, et d'autres pays européens qui délivrent principalement des appellations d'origine contrôlée (AOC) pour des vins, des fromages, des charcuteries et d'autres aliments bruts ou transformés.
Il y a actuellement sept producteurs d'agneaux de Charlevoix qui se conforment à un cahier des charges établissant les conditions d'élevage du bétail et garantissant sa spécificité. Ils possèdent environ 1800 brebis et devraient être en mesure de livrer 1500 agneaux durant la prochaine année, un record. Mme Cadieux ne serait pas surprise de voir le cheptel s'agrandir encore et de nouveaux producteurs s'établir après la confirmation de l'IGP. «Ça va se mettre à bouger.»
La demande pour l'agneau de Charlevoix surpasse l'offre depuis longtemps. Actuellement, la viande est écoulée essentiellement chez les producteurs, en plus de deux points de vente, l'un à Montréal et l'autre à Québec. Il était donc pour le moins suspect de voir des gastronomes hors de ces régions se vanter de manger régulièrement de l'agneau de Charlevoix.
Désormais, les faussaires s'exposeront à des poursuites pénales et à des amendes allant de 2000 à 60 000 $ s'ils utilisent le nom illégalement. Des inspecteurs du CARTV feront appliquer la loi. Ceux-ci surveilleront aussi les vrais producteurs afin qu'ils respectent les normes de qualité inscrites dans le cahier des charges.
L'agneau est une production éternellement déficitaire au Québec. Celui de Charlevoix obtient cependant un prix plus élevé sur le marché, soit environ 8,50 $ par kilogramme en carcasse. C'est un bon dollar de plus que l'agneau régulier. Cette prime reflète la rareté du produit et la surcharge de travail des producteurs pour se conformer au cahier des charges.
Lucie Cadieux ne croit pas que ce prix soit appelé à augmenter à court terme, le ralentissement économique affectant directement la vente des produits alimentaires dits «de luxe». Elle a toujours dit que la démarche avait surtout pour but de garder des emplois et des jeunes en région.
Quand l'agneau de Charlevoix aura son IGP, il sera doté d'un logo particulier permettant de l'identifier facilement. Une campagne de promotion sera lancée afin d'informer les consommateurs de la portée de cette reconnaissance et de la garantie de qualité qui vient avec elle.
D'autres productions québécoises devraient aussi présenter une demande pour des appellations réservées. Le cidre de glace et l'oie de Baie-du-Febvre sont de ceux-là. La Côte-Nord travaille aussi à déterminer des produits qui la représenteraient bien. Rémy Lambert, spécialiste des appellations réservées à l'Université Laval, s'attend à une année bien remplie. «C'est un incitatif pour les producteurs et les transformateurs. Ils vont monter leurs dossiers, déposer des demandes», prédit-il.
Le président-directeur général du CARTV, Denis Paul Bouffard, aimerait certifier un ou deux nouveaux produits par année.











