Pas si rose, la vie de fermière en titre

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Pas si rose, la vie de fermière en titre

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Isabelle Martineau, qui exploite la ferme familiale depuis 2002, est l'une des rares fermières à produire des légumes frais; la grande majorité travaille dans la production laitière, porcine et bovine.

Le Soleil, Yan Doublet

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Une ferme familiale sur cinq est reprise par une femme. C'est plus que dans le traditionnel milieu des affaires. Pourtant, les filles doivent patienter plus longtemps que les gars avant de mettre la main sur le patrimoine agricole et encore plus pour être seules maîtres à bord. Comme quoi il reste du chemin de terre à faire.

«Dans la tête de plusieurs parents, la relève se conjugue encore au masculin pluriel», constate Diane Parent, agronome et professeure au département des sciences animales de l'Université Laval. Les papas, en particulier, doivent faire le deuil d'un mode de transmission des richesses qui remonte à plusieurs générations. Mme Parent se rappelle avec un sourire cet agriculteur disant qu'il avait transféré sa ferme à sa fille «parce qu'il n'avait pas de relève». C'est dire toute la considération qu'il avait pour cette candidature.

Les quelque 1000 jeunes femmes qui étaient aux commandes d'une ferme héritée de leurs parents en 2006 sont tout de même la preuve que les mentalités ont évolué. Les campagnes de sensibilisation du ministère de l'Agriculture y sont sans doute pour quelque chose. Mais c'est aussi et surtout le reflet de l'avancement des femmes dans la société et de leur présence dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes.

Diane Parent a épluché le dernier recensement de la relève du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Elle y a découvert que les filles mettent plus de temps que les garçons à seulement penser qu'elles pourraient reprendre la ferme familiale. Sûrement parce qu'elles sont mises moins rapidement en contact avec la réalité de la terre et des animaux. Pendant que les boys vont travailler aux champs et à l'étable avec papa, elles s'occupent de la maison avec maman.

Le rêve d'agriculture des femmes se réalise aussi sur le tard. Une fois sur deux, elles ont dépassé le cap des 35 ans. Les intéressées font un détour par la formation «pour aller se chercher une légitimité, pour prouver à leur père qu'elles sont aussi capables que leur frère», analyse Mme Parent. Elles sont aussi plus nombreuses ? 33 % contre  26 % ? à travailler à l'extérieur tout en supervisant la ferme.

Mais ce qui inquiète davantage la professeure de Laval, c'est que les agricultrices de la relève possèdent moins de parts dans l'entreprise familiale que leurs homologues masculins. La différence est significative, à 37 % contre 52 %. Elles sont aussi moins nombreuses à avoir reçu un don et moins impliquées dans les décisions, surtout celles liées à la production et au financement. Pour la comptabilité et la gestion, chasses gardées féminines en agriculture, c'est la parité.

«Le transfert d'une ferme ou celui de n'importe quelle PME familiale, c'est le transfert de trois éléments : des avoirs, du savoir et des pouvoirs. S'il est vrai que les filles sont de plus en plus des relèves choisies, qu'elles ont de plus en plus des parts dans la ferme familiale, le plus grand pas qui reste à faire, c'est l'acquisition des pouvoirs de décision», explique Mme Parent.

Pour le reste, les femmes font preuve de plus de prudence que les hommes dans leurs investissements et ont moins tendance à s'endetter. «Elles sont beaucoup moins influencées par le think big. Leurs fermes sont moins grosses, moins capitalisées, avec moins de machinerie. Dans le contexte d'aujourd'hui, c'est un plus», dit Diane Parent.

Pour ceux qui se le demandent, les femmes sont présentes dans tous les secteurs de production. Une majorité se trouve en production laitière, mais aussi en production porcine et du côté des bovins de boucherie. Oubliez le cliché de la maraîchère avec une salopette et un grand chapeau de paille. Seulement 3,7 % des fermières produisent des légumes frais.

C'est pourtant le cas d'Isabelle Martineau. La jeune femme de Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré, a commencé à exploiter la ferme familiale en 2002, après avoir décroché un diplôme collégial en production végétale à l'Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière. Alors que ses parents, des gentlemen farmers, se contentaient d'un kiosque de vente à la ferme en période estivale, elle a décidé d'approvisionner des restaurants en fine verdure, de produire des paniers de légumes et même de se lancer dans les mets préparés.

Son projet, qu'elle a longuement réfléchi et planifié, a été bien accepté par ses parents, qui n'avaient placé aucun espoir de relève dans l'un ou l'autre de leurs quatre enfants, car il ne leur était pas venu à l'idée de vivre uniquement de la terre. Pour l'instant, Isabelle loue les installations de ses parents, en attendant qu'ils lui cèdent les titres de propriété.

La passation des pouvoirs se fait en douceur. «J'avais déjà une belle complicité avec mes parents. On était capables de se dire les vraies affaires et ils m'ont fait beaucoup confiance», relate la jeune fermière, qui a intégré son conjoint, sa soeur et son frère dans l'aventure. Décidément, la relève ne manque pas chez les Martineau!

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