Le miel du Québec sort du placard

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Le miel du Québec sort du placard

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Le miel PurQuébec, lancé officiellement au Salon international de l'alimentation de Montréal, il y a 10 jours.

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Les certifications de provenance et de qualité sont devenues la bouée de sauvetage des producteurs et des transformateurs d'aliments du Québec, qui veulent prendre leurs distances des produits génériques venus de l'étranger et vendus à très bas prix.

Le miel ne fait pas exception. Pas un mais deux logos avec le mot Québec se feront bientôt concurrence sur les pots dorés.

Il y a 10 jours, au Salon international de l'alimentation (SIAL) de Montréal, le propriétaire du Musée de l'abeille, Redmond Hayes, lançait officiellement le miel PurQuébec. Derrière ce label, un groupe d'une dizaine de producteurs en vrac qui veut percer la grande distribution, où se font 70 % des achats de miel.

«Le miel québécois est peu présent dans les supermarchés. Il se retrouve presque toujours en mélange avec des miels de l'extérieur», explique Jean-Pierre Chapleau, porte-parole des apiculteurs regroupés. C'est une question de taille d'abord et avant tout. «Aucun d'entre nous n'a un volume suffisant pour être listé» comme fournisseur des grandes chaînes, ajoute M. Chapleau, dont le collectif contrôle tout de même 25 % de la récolte québécoise.

En mettant leur miel en commun et en se dotant d'une image de marque distinctive, les producteurs croient pouvoir reprendre des parts de marché à leurs concurrents du Canada, des États-Unis et de l'Amérique du Sud. Et ce, à un prix raisonnable.

Après avoir traîné dans les bas-fonds pendant des années, souvent en deçà de la moitié du coût de production, le prix du miel a rebondi dernièrement. La hausse dépasse les 30 % en un an. Plusieurs raisons sont invoquées. Les stocks mondiaux de miel sont en baisse en raison d'un fort taux de mortalité des ruches, et l'Argentine, premier producteur mondial, a connu une mauvaise saison. Le miel chinois, trop souvent contaminé par des antibiotiques ou des pesticides, est interdit d'entrée au Canada. Enfin, le géant ontarien Billy Bee-Doyon, acheté par le fabricant d'épices McCormick, a décidé qu'il relevait ses marges de profit. Tout le secteur en a bénéficié. Les consommateurs, eux, ont fini d'économiser.

Pour que cette remontée des prix ne soit pas qu'un feu de paille, les apiculteurs québécois ont décidé de faire la preuve que leur produit est bon en passant par la certification.

Le logo PurQuébec se réfère à un cahier de charges comprenant plus d'une centaine de normes auxquelles les producteurs sont tenus d'adhérer, précise Redmond Hayes.

Toutes les étapes allant de l'élevage des abeilles à l'emballage du miel sont couvertes. Parmi les critères de qualité incontournables  : la provenance du miel, l'interdiction d'utiliser des produits chimiques dans le traitement des ruchers, vulnérables aux maladies, et la salubrité des lieux de transformation. Des efforts sont aussi déployés en ce qui a trait à la traçabilité : bientôt, les clients pourront savoir de quelle ruche provient le miel qu'ils mettent sur leur pain en se référant à un numéro inscrit sur l'étiquette.

Le respect du cahier de charges est assuré par CONCERT, une branche de l'organisme indépendant Ecocert, qui certifie les produits biologiques.

La Fédération des apiculteurs du Québec travaille aussi sur un projet de certification, avec son propre logo et ses propres normes de qualité. Une enquête récente a confirmé à ses dirigeants que les Québécois veulent manger du miel local ? du moins c'est ce qu'ils disent ?, mais aussi qu'ils sont exigeants par rapport à la qualité et toujours sensibles au prix.

L'étude indique également que les consommateurs aiment bien voir le nom du producteur sur le pot. Le projet prévoit donc que «chaque produit garde son identité, sa couleur et sa mise en marché», précise Jean-François Doyon, président de la Fédération. Le logo «Miel 100 % Québec» sera donc ajouté sur l'étiquette régulière pour attester du respect du cahier de charges et une campagne de publicité générique sera lancée. Les apiculteurs seront libres d'aller vers la grande distribution, mais en tablant sur leur propre marque de commerce.

«C'est déplorable qu'on arrive là en même temps, qu'il y ait deux certifications qui se fassent concurrence», dit M. Doyon, qui craint que les amateurs de miel ne s'y retrouvent pas. Mais d'un côté comme de l'autre, personne ne veut revenir sur ses principes. La concurrence dans le miel se fera donc entre Québécois désormais.

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