Tirs croisés en agriculture

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Tirs croisés en agriculture

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Christian Lacasse, président de l'UPA

Photothèque Le Soleil

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) «Pas de nourriture sans agriculture.» Ce slogan fera son apparition en bordure des grands axes routiers du Québec, l'Union des producteurs agricoles (UPA) ayant décidé d'exprimer sa frustration en dehors des corridors de l'Assemblée nationale. Une coalition de groupes associés à la gauche attaque déjà le message et le messager.

Le seul et unique syndicat d'agriculteurs de la province accumule les griefs contre le gouvernement du Québec : budget 2009-2010 trop peu généreux, révision des programmes de sécurité du revenu agricole, assouplissement potentiel de la Loi sur la protection du territoire agricole...

Christian Lacasse, président de l'UPA, estime que la cour est pleine. Il veut impliquer la population dans sa lutte contre les réformes engagées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) à la suite de la publication, l'an dernier, du rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire.

«Si on laisse dilapider nos terres agricoles et qu'on n'assure pas un revenu décent aux agriculteurs, les effets ne se feront pas sentir seulement sur le secteur agricole», a-t-il plaidé hier en entrevue téléphonique au Soleil, liant la disponibilité et surtout la qualité de la nourriture aux orientations et aux subventions gouvernementales.

70 affiches

Dès cette semaine, 70 affiches grand format de six mètres sur trois seront installées par des agriculteurs sur leurs terres bordant les routes et les autoroutes de la province. Cela afin de sensibiliser les citoyens aux «inquiétudes» de l'UPA.

D'autres producteurs organiseront également des visites impromptues et «amicales» dans les bureaux de circonscription des députés libéraux. En mars, l'UPA avait tenu une journée de sensibilisation à l'Assemblée nationale, où, armée de chiffres et de tableaux, elle s'était appliquée à démontrer la rentabilité de l'aide gouvernementale. Plusieurs députés du parti au pouvoir s'étaient désistés à la dernière minute. «On a demandé une rencontre avec tout le caucus libéral et on n'a même pas reçu de réponse», déplore Christian Lacasse, qui est producteur laitier à Saint-Vallier-de-Bellechasse.

Celui-ci assure que ses membres sont faciles à mobiliser, même s'ils ont déjà commencé à travailler aux champs en raison des conditions météorologiques favorables. Il ne veut pas révéler son plan de match avant que le gouvernement ne dévoile le sien.

La dernière campagne d'affichage de l'UPA remonte aux pluies acides des années 80 et la dernière manifestation d'envergure au mois d'avril 1997, alors que plus de 10 000 agriculteurs avaient pris d'assaut la colline parlementaire pour réclamer des règles garantissant le droit de produire.

Opposition

Cette fois, cependant, l'UPA aura de l'opposition. Une coalition de groupes incluant l'Union paysanne, la Coalition pour un Québec des régions, Greenpeace, l'Union des consommateurs, Option consommateurs, les Amis de la Terre de Québec, Québec solidaire et le Parti vert du Québec s'organise afin de réclamer «l'application sans délai des recommandations du rapport Pronovost».

Une conférence de presse est prévue vendredi pour rendre publique une lettre envoyée au premier ministre du Québec et l'identité de tous les membres de la coalition SOS Pronovost.

«Le gouvernement n'a plus raison de tergiverser, même s'il doit confronter l'UPA. Ils [les dirigeants de l'UPA] ne sont pas les seuls en agriculture et ils ne sont pas les seuls à s'intéresser à l'agriculture», insiste Roméo Bouchard, porte-parole de la

Coalition pour un Québec des régions.

Benoît Girouard, de l'Union paysanne, en rajoute : «C'est du pur lobby très intéressé que l'UPA fait là. Notre rôle est celui d'un chien de garde. Les citoyens sont d'accord pour appuyer un autre type d'agriculture au Québec et comme c'est eux autres qui paient la facture en bout de ligne, il faut que le gouvernement les écoute.»

 

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