Trois ex-ministres à la défense des agriculteurs

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Trois ex-ministres à la défense des agriculteurs

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Jean Garon, Rémy Trudel et Yvon Picotte ont participé lundi matin, à Québec, à une conférence de presse organisée par l'UPA.

Le Soleil, Patrice Laroche

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Trois ex-ministres de l'Agriculture, rassemblés par l'Union des producteurs agricoles (UPA), estiment que le gouvernement du Québec doit cesser de commander des rapports sur l'avenir de l'agriculture et plutôt investir de l'argent dans le secteur.

Jean Garon, Rémy Trudel et Yvon Picotte ont participé lundi, à Québec, à une conférence de presse organisée par l'unique syndicat des agriculteurs de la province, parti en guerre contre les projets de réforme du modèle agricole québécois. Les deux premiers politiciens sont issus de gouvernements péquistes, le troisième est un libéral ayant déjà occupé la présidence de l'Action démocratique du Québec.

«Quand une personne ex-ministre de l'Agriculture accepte d'être à la table de l'UPA, c'est déjà un signe. Quand ils sont deux, ça donne un signal. Quand ils sont trois de gouvernements différents à unir leur voix [...], c'est qu'il y a péril en la demeure», a déclaré Rémy Trudel, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation de 1998 à 2001. C'est sous son règne que la Financière agricole du Québec, bras financier du MAPAQ gérant l'assurance stabilisation du revenu agricole, est née.

Selon Christian Lacasse, président de l'UPA, ce «pilier» du modèle agricole québécois est menacé au même titre que le zonage agricole et la mise en marché collective par les recommandations des rapports Pronovost, Saint-Pierre et Ouimet, du nom des hauts fonctionnaires les ayant rédigés.

Publiés dans les 15 derniers mois, ces rapports recommandent unanimement une révision en profondeur des grandes politiques d'appui au secteur agricole. Les ex-ministres digèrent mal de voir leur héritage ainsi remis en question.

Jean Garon, qui était aux commandes quand la Loi sur la protection du territoire agricole a été adoptée, refuse ainsi d'imaginer que les élus municipaux héritent de pouvoirs accrus pour déterminer quelles terres sont réservées aux activités agricoles. «Les municipalités, ce n'est pas du mauvais monde. Sauf que le problème de conflits d'intérêts est épouvantable», a affirmé l'ex-maire de Lévis.

Du temps où il était ministre de l'Agriculture, il affirme être entré en contact avec plusieurs maires pour connaître les raisons de leur opposition aux plans de zonage agricole pour s'apercevoir que «le principal développeur était leur beau-frère» et qu'ils ne «voulaient pas avoir un divorce sur les bras».

«La protection du territoire agricole, c'est un objectif national, pas local», a insisté M. Garon, critiquant fortement le gouvernement Charest d'avoir accepté le projet Rabaska et la construction de l'autoroute 30 en pleine zone verte.

Quant au libéral Yvon Picotte, il invite son gouvernement à faire preuve de prudence et à «ne pas faire trop de chambardements» dans le contexte économique actuel. Selon lui, il faut privilégier le développement d'une agriculture de proximité, comme le veulent les consommateurs. «Ça ne se fait pas en coupant des programmes. Ça ne se fait pas en diminuant les ressources. C'est pas vrai.» Selon M. Picotte, Québec serait même justifiée d'en remettre. «C'est un secret de Polichinelle que l'Union européenne et les États-Unis ne se gênent même pas pour aider leurs agriculteurs. Vous regarderez les statistiques pour le fun», a-t-il invité les journalistes, s'appuyant sur un feuillet d'information publié par l'UPA.

Rémy Trudel s'est aussi dit en faveur d'une bonification de l'enveloppe de la Financière agricole du Québec. En 2000, il y avait affecté 305 millions $ par année pour une période de sept ans. Mais ce sont plutôt 600 millions $ qui sont nécessaires année après année pour les différents programmes de sécurité du revenu agricole.

Questionné sur sa responsabilité quant au sous-financement de la caisse, M. Trudel s'est dit innocent: «On était assurés que ça allait être suffisant, mais pas certains, certains, certains. C'est pour ça qu'on a accepté une clause» dite catastrophe permettant un réinvestissement en cas de circonstances exceptionnelles.

Crise de la vache folle, chute du prix du porc, hausse du prix des engrais et de la nourriture animale, Christian Lacasse affirme que le MAPAQ ne manque pas de raisons pour augmenter son soutien aux agriculteurs.

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, n'a pas réagi personnellement aux commentaires des trois «ex» remettant en question son leadership et celui du premier ministre Jean Charest. Son attaché de presse, Sylvain Bourassa, a dit qu'il était «intéressant de voir que des gens ayant marqué l'histoire agricole du Québec joignent leur voix à la grande réflexion» sur l'avenir de l'agriculture.

 

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