Laurent Lessard, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, a fermé la porte à tout dédommagement personnalisé, hier. Il renvoie plutôt les fromageries de l'Île-aux-Grues et Blackburn à l'analyse indépendante de son plan de développement du secteur des fromages fins, qu'il commandera sous peu pour se conformer aux voeux de Raymonde Saint-Germain. «À la lumière des résultats, on est prêts à s'adapter», a-t-il dit en parlant des budgets collectifs.
En point de presse, M. Lessard a répété que la sécurité alimentaire est d'abord la responsabilité de l'industrie. Au point où les victimes de contamination croisée devraient se tourner vers les tribunaux et les sources identifiées, la fromagerie Médard et les Fromagiers de la Table Ronde, pour obtenir compensation, laisse-t-il entendre.
Les fromagers
«Je trouve ça grave parce que le gouvernement du Québec a établi le protecteur du citoyen pour protéger les petits. Et là, on se permet de passer par-dessus. Je ne pense pas que le public, et surtout pas moi, on va accepter ça», a réagi Gilles Blackburn, de la fromagerie du même nom, en fin d'après-midi.
Quelques heures plus tôt, le même homme se réjouissait de voir sa réputation lavée par le rapport de Raymonde Saint-Germain et entrevoyait avec soulagement la fin de ses difficultés financières. Le fromager estime avoir perdu plus de 150 000 $ à cause du rappel non fondé de ses produits.
La société coopérative de l'Île-aux-Grues, fabricant du Riopelle et de la Tomme de Grosse-Île, réclame quant à elle 75 000 $ au gouvernement du Québec sur les 100 000 $ de pertes attribuables à la crise, la différence ayant été assumée par la Fédération des producteurs de lait du Québec.
Louis Arseneau, président de l'Association des fromagers artisans du Québec, s'est dit «complètement exaspéré» par la réponse du ministre, après avoir accueilli avec satisfaction les conclusions de la protectrice du citoyen. «Il vient de rater une superbe opportunité» de régler la crise de confiance qui a suivi la crise de la listériose, a-t-il lancé. Selon lui, «les petits fromagers n'ont pas à faire les frais d'une mauvaise gestion» gouvernementale et ils continueront de réclamer un dédommagement.
Pierre Nadeau, président du Conseil des industriels laitiers du Québec (CILQ), estime aussi que toutes les recommandations du rapport méritent d'être suivies. Il ne prend toutefois pas la réponse du ministre comme un non définitif. Selon lui, l'analyse indépendante pourrait bien recommander la compensation de toutes les fromageries lésées. «Et comme les Québécois ont l'impression que les fromageries artisanales, ça leur appartient un peu, ça milite pour une implication gouvernementale différente et importante.»












