À l'abri de la pluie, les fromagers ont fait déguster leurs fromages dans une ambiance bon enfant. Mais la colère et la frustration n'étaient pas loin de la surface. En statuant que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) avait eu raison de procéder au mégarappel de fromages du 6 septembre, mais qu'il avait erré dans la gestion de la crise, Raymonde Saint-Germain a ravivé de vieilles émotions.
«Nous sommes fatigués de revendiquer depuis neuf mois et que le gouvernement nous oppose toujours une fin de non-recevoir. Nous ne pouvons pas absorber, en tant qu'artisans, la somme des erreurs commises par le MAPAQ», a martelé Louis Arseneau, président de l'Association des fromagers artisans du Québec, lors d'un point de presse.
Celui-ci déplore que le ministre Laurent Lessard mandate la firme privée Zins Beauchesne et associés pour évaluer son plan de développement et de croissance du secteur des fromages fins, tel que le recommandait la protectrice du citoyen. Selon lui, les 59 000 $ affectés à l'étude auraient dû être refilés directement aux fromagers pour soulager leur «détresse» financière.
Même chose pour les fonds inutilisés du programme de prêts sans intérêt offert par le gouvernement : «environ 500 000 $ dorment dans les coffres du gouvernement», car les fromagers refusent de s'endetter davantage pour se sortir du pétrin, rappelle M. Arseneau.
Sans compter que les délais s'allongent. «On reporte encore l'aboutissement. Ça va faire un an que la crise est commencée quand on va avoir les résultats» de la nouvelle étude, dénonce Christian Vinet, directeur général de la fromagerie de l'Île-aux-Grues. La protectrice du citoyen a pourtant recommandé que l'entreprise soit dédommagée immédiatement, tout comme la fromagerie Blackburn du Lac-Saint-Jean, pour avoir été identifiée à tort comme source de contamination.
Présent à la manifestation, hier, le microbiologiste Jacques Goulet, professeur à l'Université Laval, estime d'ailleurs que «la preuve hors de tout doute que la contamination venait des fromages québécois reste à faire».
Il s'est étonné de ne pas voir le nom Maple Leaf apparaître dans le rapport de la protectrice du citoyen. Selon lui, c'est parce que les hôpitaux cherchaient des cas de listériose, alertés par la crise dans les charcuteries, qu'ils en ont trouvé. «La bactérie Listeria monocytogenes n'est pas apparue à l'été 2008. Il y en a toujours eu dans l'environnement et dans les aliments», insiste-t-il.
Pétitions
Pendant que les fromagers artisans manifestaient devant l'Assemblée nationale, le Parti québécois a déposé deux pétitions totalisant 12 140 signatures en Chambre. La députée Marie Bouillé, porte-parole en matière d'agriculture, a talonné le ministre lors de la période des questions et a tenté de déposer une motion sans préavis reconnaissant «les effets dévastateurs» de la crise de la listériose et exigeant un dédommagement. Évidemment, le gouvernement libéral s'y est opposé.











