C'est le fromager Éric Proulx, de la ferme Tourilli, qui a eu l'idée d'interpeller les citoyens afin qu'ils financent la construction de nouvelles installations où des petits agriculteurs et des petits transformateurs pourront produire et mettre en marché des aliments à haute valeur ajoutée.
Il ne s'en cache pas : ses propres besoins à la ferme l'ont aidé à réfléchir. «Comme artisan, on éprouve des difficultés de mise en marché et il y a toutes les relations avec l'appareil étatique, le carcan réglementaire, l'accès au financement, les problèmes récurrents de main-d'oeuvre...» a-t-il énuméré hier, lors d'une conférence de presse donnée au mont Laura-Plamondon, à Saint-Raymond de Portneuf.
Avec une dizaine de partenaires, allant du chef de la station touristique Duchesnay à la ferme Terra Sativa en passant par l'Union des chambres de commerce de Portneuf, M. Proulx est officiellement parti à la chasse aux dollars, hier. L'objectif est d'amasser une mise de fonds de 400 000 $, cet été et cet automne, pour ensuite aller voir les bailleurs de fonds.
Franchir le seuil de la rentabilité
Le grand public est invité à acheter des parts dans la coop, dont le prix varie de 100 à 500 $. Pour les entreprises, on parle plutôt de 1000 ou 5000 $. «Il faut que ça soit comme un pot de miel sur lequel tout le monde veut prendre une lichette», illustre le fromager, qui aimerait assister à la première pelletée de terre dans 8 à 10 mois.
L'ensemble du projet, baptisé Les Grands Rangs, est évalué entre 1,5 et 2 millions $. Il tourne autour d'un bâtiment vert multifonctionnel où se côtoieront une usine laitière répondant aux normes HACCP, les plus sévères de l'industrie, une cuisine collective tout aussi high-tech ainsi qu'une boutique-musée et un bistro où accueillir les visiteurs. Des espaces seront aussi réservés pour les services conseils et administratifs de la coopérative.
Car le but n'est pas seulement de loger les petites entreprises agricoles, mais de les accompagner afin qu'elles franchissent le plus rapidement possible le seuil de la rentabilité. Il est aussi question de créer une banque d'employés polyvalents, qui pourraient aussi bien travailler à la fromagerie qu'à la boutique ou encore faire les foins. Ces services seront financés à partir des revenus de location et en partie facturés à la pièce.
Ce projet de coopérative est une première au Québec. Son plus proche parent serait l'incubateur bioalimentaire de La Pocatière, qui offre un toit, des équipements et des services spécialisés aux entreprises agroalimentaires en démarrage. Il est toutefois financé par des fonds publics et lié à l'Institut de technologie agroalimentaire.
Pour Jean-François Thifault, technicien forestier dans Portneuf, c'est l'occasion rêvée de lancer son entreprise de cueillette de produits forestiers comestibles, comme les champignons, les têtes de violons et les fruits sauvages, par exemple. «Si j'ai accès à des installations comme ça, je viens de gagner cinq ans en partant», disait-il hier, tout sourire.
Jean-Pierre Naud, président de l'Union des chambres de commerce de Portneuf, estime que la coopérative participera à la diversification de l'économie régionale, qu'il espère moins axée sur l'extraction des ressources et davantage sur la transformation. «On veut inverser la tendance. L'exode de nos ressources est trop associé à l'exode de nos emplois et à l'exode de nos jeunes», fait-il remarquer.
Pour information : www.lesgrandsrangs.com











