Le Québec craque pour la Jersey

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Le Québec craque pour la Jersey

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Patrick Soucy possède 70 vaches Jersey à sa ferme de Saint-Nicolas.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Un format compact, une santé de fer, du lait d'excellente qualité et de beaux grands yeux curieux. Pas étonnant que Patrick Soucy ait eu un coup de coeur pour la vache Jersey, qui gagne des adeptes au Québec au point d'être en rupture de stock.

À sa ferme de Saint-Nicolas, sur la Rive-Sud de Québec, le jeune papa trait 70 petites vaches brunes depuis un an à peine. Agronome de formation, mais surtout fils de producteur laitier, il a travaillé à la Coop fédérée, puis au Port de Québec, tout en rêvant d'un retour à la terre.

S'il a choisi la race Jersey pour faire le grand saut, alors que son père élevait plutôt des Holstein, c'est beaucoup en raison de sa taille modeste. Il a ainsi pu récupérer le vieux bâtiment inutilisé à proximité de sa maison ancestrale. Les grosses noires et blanches ont tellement profité ces dernières années, résultat d'une amélioration génétique constante, qu'elles y auraient été à l'étroit. «Et puis c'est une belle petite vache rustique, très docile, fouineuse, curieuse», dit-il en caressant celle qu'il s'apprête à traire.

Entre 2005 et 2008, le nombre de femelles Jersey enregistrées au Québec a bondi de 895 à 1977. En incluant les taureaux et les bêtes non enregistrées, le nombre total de têtes se situe probablement entre 2500 et 3000. C'est bien peu si on compare aux quelque 300 000 Holstein qui peuplent la province et représentent encore 93 % du cheptel total, mais la progression est tout de même remarquable et très remarquée.

Jean-Marc Pellerin, conseiller pour l'association Jersey Canada, avait vu venir le coup, puisqu'«aux États-Unis, ça fait 12 ans que la Jersey est en progression». C'est d'ailleurs ce qui empêchait son adoption au Québec, car les Américains achetaient les sujets canadiens à fort prix. Mais quand est survenue la crise de la vache folle, puis la fermeture des frontières aux bovins canadiens, le marché s'est replié et de nouveaux éleveurs québécois ont pu mettre la main sur des animaux de qualité pour des sommes raisonnables. Aujourd'hui, toutefois, l'offre ne suffit plus à la demande! Il est extrêmement difficile de mettre la main sur des troupeaux entiers, comme a eu la chance de le faire Patrick Soucy.

Ancien classificateur (métier qui consiste à évaluer la conformité des vaches avec les standards de leur race), M. Pellerin est convaincu que la Jersey est la meilleure des vaches laitières. Il énumère ses nombreuses qualités. La première, et non la moindre, est que son lait est plus riche que la moyenne. Avec 4,9 % de gras et 3,8 % de protéines en moyenne, il donne d'ailleurs droit à une prime. Ensuite, la Jersey est réputée être très fertile et connaître des vêlages faciles, ce qui entraîne à la baisse les coûts vétérinaires. Sa vie active, où elle donne des veaux et produit du lait, est également plus longue.

Enfin, sa taille modeste est appréciée des fermiers possédant de vieilles étables avec des stalles étroites et des plafonds bas. La petite Jersey produit certes un peu moins que sa grosse cousine noir et blanc, mais elle mange moins et produit moins de fumier. Son look rustique et sa docilité sont également appréciés de tous.

Pour Anne-Marie Girard, propriétaire de la fromagerie du Terroir de Bellechasse, à Saint-Vallier, la Jersey est également promesse d'un bon fromage typé. Avec son conjoint, Guillaume Dumais, elle recueille depuis quelques mois le lait de 25 vaches Jersey avec l'intention d'«inventer» un nouveau fromage d'ici peu. «C'était un choix évident pour nous», admet-elle, vu la teneur en gras et en protéines de la matière première. La Laiterie de Charlevoix, qui a déjà tenté l'expérience avec son Hercule, est enchantée du résultat, confirme son propriétaire, Jean Labbé.

James Peel, conseiller stratégique au Conseil québécois des races laitières, se réjouit de l'engouement pour la Jersey au Québec, car cela devrait lui permettre d'améliorer la race. Mais il hésite à la proclamer championne toutes catégories. «Chaque éleveur qui adopte une race pense que c'est la meilleure et s'imprègne de la culture de son association», fait-il remarquer.

La suprématie de la Holstein n'est pas menacée, selon M. Peel, qui est aussi directeur général d'Holstein Québec, car elle a réussi à conquérir non seulement le Québec, mais le monde entier. Ce que la Jersey, qui supporte mieux la chaleur, pourrait néanmoins tenter de faire en passant par les pays du Sud.

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