Il y a un an, le gouvernement du Québec décidait d'abroger le vieux règlement interdisant la coloration de la margarine. L'Union des producteurs agricoles (UPA) ne s'est pas opposée, même si certains de ses membres n'ont toujours pas digéré ce revirement de situation.
L'harmonisation avec le reste du continent nord-américain a été officialisée dans un long décret mettant à jour la réglementation sur les produits laitiers, entrée en vigueur le 31 juillet. Il a suffi de quelques semaines pour que la couleur dorée fasse son apparition dans les pots de plastique. La multinationale Unilever a même lancé un produit controversé qu'elle vend comme du beurre, au grand dam des producteurs laitiers et du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), qui prépare une poursuite judiciaire.
Un an plus tard, les rares statistiques portant sur les ventes au détail de beurre et de margarine laissent pourtant entrevoir peu de changement sur le terrain. Selon des données tirées des banques d'AC Nielsen et fournies par le MAPAQ, les ventes de margarine (en volume) ont même diminué de 4 % au Québec entre 2007 et 2008, tandis que les ventes de beurre subissaient une baisse de 1 %. Des statistiques plus récentes portant sur l'ensemble du Canada révèlent plutôt une baisse de
2,2 % des ventes de margarine entre mai 2008 et mai 2009 et une hausse de 3,3 % des ventes de beurre pour la même période.
Cette tendance est d'ailleurs révélatrice des dernières années. Le beurre et la margarine se partagent le marché des corps gras à peu près également, et seul l'ajout de nouveaux produits permet de grignoter quelques parts de marché par-ci, par-là. Il n'y a plus de déplacement marqué d'une catégorie à l'autre. Le beurre peut dire merci aux chefs qui l'ont réhabilité dans la cuisine, la margarine, aux nutritionnistes qui en font leur chouchou.
La Fédération des producteurs de lait du Québec hésite pourtant à crier victoire. Son porte-parole, François Dumontier, affirme que les économistes du syndicat attendent avant de tirer des conclusions. «Le lien de cause à effet est difficile à établir à aussi court terme», avertit-il.
Danielle Bergeron, présidente du groupe Bergeron Thibault, seul margarinier de propriété québécoise, est plus affirmative. «La demande est stable et ça prouve qu'on avait raison : les consommateurs savent très bien ce qu'ils mangent et la couleur ne les influence pas», dit-elle.
La femme d'affaires signale qu'environ 85 % des pots de margarine qui sortent de ses usines à destination des supermarchés sont désormais teintés. Mais d'ici la fin de l'année, la quasi-totalité de la production sera colorée. «La margarine, ce n'est pas une copie du beurre. Pour moi, on ne se fait plus compétition», ajoute-t-elle.
Quant à Unilever, plus grand fabricant de margarine au monde, une nouvelle bataille juridique l'attend. L'emballage de sa margarine Becel au goût de beurre, lancée au mois d'août, contrevient à la Loi sur les produits alimentaires puisqu'il détourne le mot beurre de son sens propre, selon les experts du gouvernement du Québec. Le dossier a été remis au procureur général, mais n'a pas encore été inscrit au rôle, selon le cabinet du ministre de l'Agriculture.
Le débat sur la coloration de la margarine avait été porté jusqu'en Cour suprême par Unilever, mais les juges avaient rejeté l'appel de la multinationale.











