À lire le bulletin de mi-saison de la Financière agricole du Québec (FADQ), qui dresse l'état des cultures jusqu'au 6 juillet, on pourrait presque croire que tout va bien sous le soleil.
En effet, le gel a fait peu de dégâts pendant l'hiver, hormis dans quelques champs de légumineuses et dans quelques fraisières. La récolte de sirop d'érable a été «supérieure à la moyenne, tant en quantité qu'en qualité». Même les semis ont été complétés une semaine à l'avance, sauf en Abitibi-Témiscamingue, où ils ont été retardés d'autant. La levée de terre a été satisfaisante, même si les températures fraîches de la mi-mai à la mi-juin ont ralenti la croissance.
Les agriculteurs pressés, qui ont profité du beau temps pour exécuter la première fauche de foin avant la Saint-Jean-Baptiste, ont aussi été récompensés. Les volumes n'étaient pas époustouflants, mais la qualité, souvent supérieure à la moyenne.
C'est après les festivités que ça s'est gâté. La pluie s'est mise de la partie et a arrosé les cultures quasi quotidiennement presque partout au Québec. Les fraises, premières gâteries de l'été, ont affiché un teint pâlot ou ont carrément pourri sur les plants. Pour les fourrages et le maïs, l'effet de ce surplus d'eau est dévastateur. Au point où certains producteurs agricoles de la Gaspésie et de la Côte-Nord n'ont même pas encore sorti leur faucheuse!
«Ce qui est particulier cette année, c'est la variabilité des rendements. Certains producteurs n'ont pas commencé leurs foins, alors que d'autres ont fini. En bout de ligne, ça donne une année moyenne», explique Bruno Bélanger, directeur de la FADQ pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.
Michel Noreau, producteur de maïs sucré à Neuville, ne pensait pas que «la pire saison de sa vie», enregistrée l'année dernière, pouvait se répéter aussi rapidement. Normalement, il devrait récolter des épis depuis une bonne semaine, mais il ne pense pas être en mesure de procéder avant plusieurs jours encore. «Tout est prêt : les employés, les récolteuses, les camions, les entrepôts. On attend...» soupire-t-il.
Les tomates réclament du soleil
Du côté des légumes, la situation est moins préoccupante. Certes, un retard de croissance allant d'une à trois semaines est constaté dans plusieurs régions, y compris autour de Québec, mais au moins, les plants ne pourrissent pas dans les champs. Les légumes racines, surtout, tiennent bien le coup, tandis que les tomates, les poivrons, les concombres et les courges réclament désespérément de la chaleur et du soleil.
Les producteurs biologiques, qui livrent des paniers chaque semaine à leurs familles «partenaires», sont capables d'honorer leurs engagements, assure Équiterre. Seule la diversité est affectée. «J'ai un petit trou de légumes cette semaine. Je vais compenser les autres semaines ou rajouter un panier à la fin de la saison», témoignait mardi Sylvie Deschênes, de la ferme Des Sables, à Pintendre.
Pour le reste, les framboises sont à la limite de ce qu'elles peuvent endurer en ce qui concerne l'humidité, mais les bleuets laissent espérer des rendements supérieurs à la moyenne. Pour les pommes, impossible de dresser un portrait général. Les vergers de la Montérégie et de Lanaudière, grandes régions productrices, ont souffert de vents forts, de gelées tardives et d'orages accompagnés de grêle, mais la grande région de Québec s'en sort plutôt bien.
De façon générale, il est d'ailleurs trop tôt pour parler d'une mauvaise année pour les agriculteurs. «Toutes nos saisons sont chamboulées. Il y a des choses qui vont avoir le temps de se replacer. On travaille avec du vivant et, parfois, on a de grosses surprises si septembre est très clément», philosophe Claude Girard, directeur de la FADQ dans la Chaudière-Appalaches, région particulièrement affectée par les caprices de la météo depuis deux ans.
1742 avis de dommages
Les experts de la Financière, qui gère le programme d'assurance récolte, concluent aussi dans leur bilan qu'«il s'agit d'un bon début de saison». Exactement 1742 avis de dommages étaient inscrits en date du 6 juillet, contre 1993 en 2008 et une moyenne de 1901 pour les cinq dernières années.











