Parmi la poignée de Québécois à avoir participé au grand congrès Apimondia, à Montpellier, on trouve Pierre Giovenazzo, chercheur en apiculture au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD) et chargé de cours à l'Université Laval. Celui-ci est revenu avec l'impression que les apiculteurs et les scientifiques s'engagaient sur des chemins parallèles.
Alors que les propriétaires de ruches n'hésitent pas à jeter la pierre aux compagnies biotechnologiques et aux partisans d'une agriculture intensive, «il n'y a pas de recherche scientifique qui a démontré clairement» que les pesticides et la monoculture ont causé les mortalités massives des dernières années, explique-t-il en entrevue téléphonique au Soleil.
«Si vous me demandez : "Est-ce que les pesticides tuent des abeilles?", je vais vous répondre oui sans hésitation. Mais il n'y a pas un chercheur qui va mettre ce facteur à l'avant-plan» parce que les études ne sont pas concluantes pour l'instant, ajoute M. Giovenazzo.
Selon les indications données par les apiculteurs - puisque aucune recension officielle n'est faite -, environ le tiers des ruches périssent mystérieusement chaque année, tant en Amérique du Nord qu'en Amérique du Sud. Même chose en Europe et en Asie. Les scientifiques parlent du «syndrome d'effondrement des colonies».
La communauté scientifique s'entend maintenant pour dire qu'une série de facteurs contribuent à affaiblir les abeilles et finissent par hypothéquer toute la colonie. Ainsi, les produits chimiques et le manque de diversité florale affecteraient le système immunitaire des butineuses, qui deviendraient plus vulnérables aux parasites, comme le varroa, et aux maladies, comme la nosémose.
Raphaël Vacher, apiculteur de la relève, est lui aussi allé réfléchir à l'avenir des abeilles en France. «L'an dernier, l'Italie a complètement interdit une famille de pesticides, les néonicotinoïdes, qui enrobent les semences et se retrouvent dans toutes les plantes après. Les apiculteurs là-bas ont assisté à une chute drastique de leurs pertes. Si ça se répète, ça va devenir très intéressant», rapporte-t-il.
L'histoire personnelle de M. Vacher confirme la méfiance des producteurs de miel envers l'agriculture intensive. Autrefois installé sur la Rive-Sud de Québec, où il possède encore des ruches, le jeune homme s'est acheté une terre à Alma, au Lac-Saint-Jean, il y a deux ans, afin de fuir les plantations de maïs à perte de vue.
«Je fais du miel depuis cinq ans et ça baissait d'année en année à mesure que le maïs prenait toute la place. Ici, j'ai des champs, des prairies et une belle diversité de fleurs qui devraient m'aider à augmenter ma production», croit le jeune homme. Il n'est toutefois pas en mesure d'en faire la démonstration actuellement, puisque la température des deux derniers étés a été médiocre, plombant la production partout au Québec.
Prudent, Pierre Giovenazzo rappelle que les abeilles ont connu plusieurs épisodes de mortalité élevée au cours du dernier siècle. «La différence, c'est que cette fois, les difficultés sont très médiatisées et que l'apiculture est entraînée dans une crise agricole plus large», dit-il.






















