La certification du lait bio en suspens

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Des résidus de savon ou de lait conventionnel qui subsisteraient dans les citernes après le nettoyage des camions sont au coeur du litige entre les producteurs et l'organisme Québec Vrai.

Photothèque Le Soleil

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Le lait biologique est menacé de perdre sa certification bio si la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), qui assure le transport du précieux liquide, ne modifie pas ses méthodes de lavage des camions.

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En forte croissance depuis plus de cinq ans, l'industrie québécoise du lait biologique approvisionne 50?% du marché canadien.

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L'organisme Québec Vrai, qui atteste du respect des normes biologiques québécoises par les entreprises profitant de l'appellation réservée, estime être incapable de garantir «l'intégrité» du lait bio entre la ferme et l'usine de transformation. Une «non-con­formité majeure» a été constatée lors du renouvellement de la certification du transporteur, indique la directrice générale de Québec Vrai, l'agronome Julie Bergeron. Celle-ci refuse de donner des détails. «Pour qu'on se rende à une suspension ou un retrait, il ne faut pas que ce soit seulement une faute d'orthographe», insiste-t-elle cependant.

François Dumontier, le porte-parole de la FPLQ, confirme que c'est le lavage des camions qui est au coeur du litige. Il est notamment question de résidus de savon ou de lait conventionnel qui pourraient subsister dans les citernes après le nettoyage. «Ça fait depuis 1993 qu'on livre du lait bio en appliquant la même procédure et il n'y a jamais eu de problèmes soulevés avant», se plaît-il à rappeler.

Un avis contesté

La Fédération conteste l'avis de non-conformité de Québec Vrai devant le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), ultime référence en matière de normes biologiques au Québec. En attendant que son appel soit entendu, le transporteur bénéficie d'une extension de sa certification. En fait, il s'agit d'un deuxième sursis puisqu'une première extension de trois mois avait déjà été accordée par Québec Vrai dans l'espoir que des correctifs soient adoptés, comme c'est généralement le cas quand une entreprise certifiée est prise en défaut. Sans succès.

Le CARTV a indiqué vendredi, dans un communiqué de presse, que son Comité d'accréditation en évaluation de la qualité étudiera le dossier «en priorité» et «prendra connaissance des points de vue des deux parties et déterminera si oui ou non il y a eu erreur dans la procédure de certification ou encore erreur d'interprétation de la norme».

Gilbert Halde, président du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec, se range du côté de la Fédération et affirme qu'«il n'y a aucun risque. À tous les jours, les camions sont bien lavés et bien rincés», assure-t-il. Selon lui, l'organisme Québec Vrai est parti sur une fausse piste à la suite d'une demande d'information et «c'est devenu un petit conflit qu'il va falloir régler».

Chez Québec Vrai, la directrice générale affirme avoir fait ses devoirs avant d'envisager le retrait de la certification du transporteur laitier, en demandant notamment au CARTV «de nous aiguiller avant». «On sait que ça peut avoir un impact important sur l'industrie laitière du Québec», explique-t-elle.

Québec Vrai rapporte «quelques cas par année» de suspension et même de retrait de l'appellation biologique pour non-respect des normes québécoises, mais c'est la première fois qu'un aussi gros joueur est visé.

Des règles strictes

La Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) dit se conformer aux exigences de la Loi sur les produits alimentaires, qui prescrit le lavage et la désinfection de la citerne du véhicule servant au transport des produits laitiers «après le dernier déchargement complet de la journée à l'usine laitière».

Les jours de cueillette du lait biologique, les camionneurs ne visitent pas de fermes conventionnelles. Le nettoyage se fait à l'usine de transformation, qui met l'espace et l'équipement nécessaires à la disposition des camionneurs, en plus de tenir un registre serré auquel les inspecteurs du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec ont accès.

D'autres dispositions de la Convention de mise en marché du lait ajoutent que le lait livré aux transformateurs doit être exempt de toute trace de savon ou de produits chimiques.

Le lait est un produit phare du secteur biologique au Québec. Exactement 105 producteurs et 19 transformateurs sont accrédités, en plus de la FPLQ qui gère les opérations de transport. En forte croissance depuis plus de cinq ans, l'industrie locale approvisionne environ 50?% du marché canadien. 

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