Le stévia par la porte d'en arrière

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L'eau vitaminée lancée par Pepsi devient le premier... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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L'eau vitaminée lancée par Pepsi devient le premier produit alimentaire de masse contenant du stévia au Canada.

Le Soleil, Steve Deschênes

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Le stévia, un édulcorant naturel qui permet de sucrer sans ajouter de calories, a fait son chemin jusqu'au dépanneur du coin même si Santé Canada n'a toujours pas autorisé son utilisation comme additif alimentaire.

Il y a deux semaines, Pepsi Canada lançait une eau vitaminée contenant du stévia - Aquafina Plus Vitamins 10 Cal (eh oui, c'est son nom!) - en la qualifiant de «boisson révolutionnaire». Son contenu calorique a en effet été abaissé grâce à l'ajout d'un extrait purifié de stévia, le PureVia, qui vient remplacer le sucre traditionnel. Une bouteille de 591 millilitres de liquide aromatisé compte ainsi à peine 10 calories.

Or, le stévia n'est toujours pas inscrit sur la liste des additifs alimentaires autorisés au pays, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis depuis l'hiver dernier. Pepsi vend donc son nouveau-né comme un produit de santé naturel. Cette précision est inscrite en petits caractères sur le contenant, dont l'étiquette détaille le contenu en vitamines et en sucres. La mention ne se trouve toutefois pas dans le matériel promotionnel entourant le lancement du produit, qui voisine les eaux, les jus et les boissons gazeuses dans les réfrigérateurs des marchés d'alimentation.

La multinationale se conforme tout de même à la réglementation en vigueur au Canada, qui limite l'utilisation du stévia aux seuls produits de santé naturels, avec ou sans vertus médicinales alléguées.

Dale Hooper, vice-président marketing de PepsiCo Beverages Canada, réfute qu'il s'agisse d'une façon de contourner les règles en vigueur et affirme que l'eau vitaminée pourrait être vendue comme un produit de santé naturel même si l'extrait purifié de stévia était reconnu comme ingrédient alimentaire. «Nous sommes satisfaits de la législation actuelle», assure-t-il.

Il faut dire qu'aux États-Unis, l'approbation du stévia n'a pas entraîné un déferlement de nouveaux produits même si la lutte contre l'obésité y est une priorité. Certes, Coca-Cola a lancé le Sprite Green, sucré au stévia, et quelques jus Odwalla contenant une quantité infime de calories. Zevia, une entreprise basée à Seattle, a aussi mis sur le marché toute une gamme de boissons sucrées contenant l'édulcorant naturel. Mais Pepsi s'est contentée d'eaux vitaminées et de jus commercialisés sous la marque SoBe. Le Mexique a aussi son Gatorade au stévia.

Le prix plus élevé du stévia, quand on le compare à d'autres édulcorants comme l'aspartame ou la saccharine, empêcherait son utilisation à grande échelle pour l'instant. Son goût légèrement amer est également problématique, puisque toutes les recettes ne permettent pas nécessairement de le masquer.

Santé Canada révèle que le stévia est autorisé comme ingrédient non médicinal dans 90 produits de santé naturels. Il est toutefois impossible de savoir si une entreprise a déjà déposé une demande d'approbation à titre d'additif alimentaire. Aux États-Unis, c'est Cargill, important fabricant d'ingrédients et partenaire de Coca-Cola, qui a ouvert la voie.

Bientôt approuvé

Pierre Haddad, professeur de pharmacologie à l'Université de Montréal, est convaincu que le produit devrait être approuvé bientôt au Canada, maintenant qu'il est reconnu aux États-Unis. Et il n'y voit pas d'inconvénient, puisqu'il est lui-même un consommateur de stévia. «Je pense que c'est sécuritaire», dit-il, rappelant que les craintes pour la santé se résumaient à des risques d'avortement spontané.

De fait, les femmes indigènes d'Amérique du Sud utilisaient le stévia comme outil de contrôle des naissances. À très forte dose, il provoquait des avortements. Mais la consommation du produit sans exagération, notamment en Asie, n'a pas permis de détecter un risque. Quant aux effets sur l'hyperglycémie et l'hypertension, ils restent à prouver hors de tout doute.

«Je pense que les entreprises alimentaires ne vont pas trop mettre l'emphase sur les vertus thérapeutiques et surtout insister sur le pouvoir sucrant qui vient sans les calories», souligne M. Haddad.

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