L'an dernier, la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre étrangère (FERME) a orchestré la venue de 3572 ouvriers agricoles étrangers possédant un passeport du Guatemala, contre 3532 autres en provenance du Mexique et 178 Antillais.
Alors que les Mexicains profitent depuis 1974 d'un contrat négocié par les gouvernements du Canada et du Mexique, les Guatémaltèques sont admis au pays dans le cadre d'un projet pilote instauré en 2003. Leur nombre a littéralement explosé au Québec en quelques années jusqu'à constituer la majorité pour la première fois en 2009.
«La même évolution a pris 30 ans aux Mexicains», fait remarquer Andrea Galvez, porte-parole de la section québécoise de l'Alliance des travailleurs agricoles.
L'organisme «voué à la défense des droits et libertés des travailleurs agricoles», mis sur pied et financé par les TUAC, a déposé cet automne une plainte pour discrimination au nom de tous les ouvriers du Guatemala travaillant au Québec. Une trentaine de témoignages ont été annexés, mais tous les travailleurs ont requis l'anonymat, craignant de perdre leur emploi.
La Commission des droits de la personne, qui ne peut se pencher sur un dossier sans plaignant dûment identifié, a décidé d'enquêter de son propre chef, nous a-t-on confirmé cette semaine.
Loyer et transport
Les TUAC dénoncent notamment l'obligation pour les Guatémaltèques de débourser 45 $ par semaine pour un loyer, tandis que les travailleurs mexicains sont logés gratuitement à la ferme. En contrepartie, les employeurs paient le billet d'avion des ouvriers guatémaltèques, mais seulement la moitié de celui des Mexicains.
Tous sont payés au salaire minimum pour un nombre illimité d'heures et ont accès aux programmes sociaux du Québec. «Après un bout, les déductions pour le loyer couvrent au moins deux fois le billet d'avion», calcule Mme Galvez.
Celle-ci déplore également l'obligation faite aux Guatémaltèques de fournir un dépôt de 300 à 500 $ avant leur départ. S'ils font défection, cette somme est perdue. Enfin, les travailleurs se plaignent d'être «systématiquement mis à pied avant leurs confrères mexicains» et de bénéficier de conditions salariales moins avantageuses que les travailleurs locaux.
«Tout ça accentue le rapport de force des employeurs», dit la porte-parole de l'Alliance des travailleurs agricoles, qui exige «le remboursement de tous les montants perçus indûment par les producteurs agricoles ainsi que l'élimination de toute clause discriminatoire dans le contrat».
Questions de contrat
René Mantha, directeur général de la FERME, qui offre ses services à plus de 500 entreprises agricoles, réfute toute discrimination envers les travailleurs agricoles originaires du Guatemala. «Ils ne sont pas traités différemment. C'est le contrat de travail négocié par le [gouvernement] fédéral qui est différent. [...] Moi, je préférerais qu'il soit identique, mais il ne l'est pas», plaide-t-il, exaspéré par les plaintes de mauvais traitements des TUAC, qui tentent de syndiquer les ouvriers agricoles étrangers du Québec et de plusieurs autres provinces.
Ottawa parle déjà d'harmonisation des programmes, indique M. Mantha, et les producteurs agricoles voudraient que les conditions accordées aux Guatémaltèques deviennent la référence. Les entrepreneurs se sont détournés du Mexique en raison des coûts élevés de logement et parce qu'ils craignent de dépendre d'un seul bassin de main-d'oeuvre, explique le directeur général de la FERME.
L'épisode de la grippe A (H1N1) leur a d'ailleurs donné la frousse l'an dernier puisqu'il a été question de fermer les frontières du Mexique au moment où les travailleurs s'embarquaient pour le Québec. Des discussions se poursuivent donc avec la Colombie et le Honduras en vue d'ouvrir le recrutement prochainement.
Jacques Demers, des serres du même nom situées à Saint-Nicolas, emploie maintenant autant de Guatémaltèques que de Mexicains pour produire tomates et fraises pendant l'été. «Une année, on a eu des problèmes administratifs avec le Mexique et on a craint de ne pas être capable d'avoir notre monde», raconte-t-il. Or, sans main-d'oeuvre étrangère, il n'y a pas de récolte, car les Québécois ne veulent plus travailler aux champs.











