Le professeur de biochimie Dominique Michaud et son équipe se sont intéressés à 34 produits transformés parmi les plus consommés au Québec. Dans le lot, du pain, des céréales, des biscuits, du tofu, des huiles, de la farine et du sirop de maïs, mais aussi des charcuteries, des tomates en conserve et du jus de papayes.
Étaient exclus d'office les fruits et légumes frais car seules quelques variétés de pommes de terre et de tomates génétiquement modifiées sont approuvées pour la commercialisation, mais aucune n'est cultivée actuellement au Québec. Les papayes transgéniques, elles, proviennent d'Hawaii. La viande, le lait et les oeufs ont également été écartés car il a été maintes fois démontré que le processus de digestion des bêtes détruit les OGM entrant dans l'alimentation animale.
Au Québec, des semences de maïs-grain (pour les animaux), de soya et de canola sont offertes en version transgénique. Les plantes obtenues sont capables de se défendre contre des insectes, comme c'est le cas pour le maïs Bt, ou de résister à l'application d'herbicide, le Roundup de Monsanto pour ne pas le nommer.
Le maïs coupable
Après analyse de l'ADN, les chercheurs de Laval ont finalement trouvé du «matériel transgénique recombinant» dans 23 des 108 échantillons étudiés. Le produit le plus contaminé était - et de loin - la farine de maïs. Et cela bien que le maïs génétiquement modifié soit théoriquement réservé à l'alimentation animale. Toutes les barres tendres ont également testé positif ainsi qu'un lot sur trois de gâteaux emballés. Il est fort probable que la farine soit en cause.
Des traces d'OGM ont aussi été détectées dans des pains, des produits de soya et des tomates en conserve importées des États-Unis, mais elles étaient trop infimes pour être quantifiées. Les huiles et l'amidon de maïs, qui entrent dans la fabrication de plusieurs produits transformés, sont pratiquement exempts de gènes modifiés tellement ils sont raffinés. À noter que les marques commerciales des produits testés n'ont pas été dévoilées.
Fort de ces résultats, M. Michaud estime qu'entre 8 et 9 % des aliments vendus dans les supermarchés du Québec contiennent des OGM. La barre descend à 3 % quand on ne tient compte que des produits présentant des teneurs appréciables, donc au-dessus de la limite de 1 % fixée par l'Union européenne pour l'étiquetage obligatoire.
«En résumé : désolé, mais il n'y en a pas partout!» a lancé hier M. Michaud lors d'une présentation des résultats de l'étude, réalisée en grande partie par un étudiant gradué et financée par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).
Le chercheur déboulonne ainsi le mythe voulant que les trois quarts des aliments offerts à l'épicerie contiennent des OGM. Si des gènes ajoutés en laboratoire sont présents dans les ingrédients de base, cela ne veut pas dire pour autant qu'ils se retrouvent dans les produits finis, explique-t-il.
Une étude semblable menée avec des techniques différentes par une équipe de l'Université McGill a trouvé des OGM dans 2 produits sur 34, donc 6 % des échantillons. Il s'agit de pain blanc et de mélanges à crêpes. Ce qui fait dire à M. Michaud que «si on avait testé 200 aliments, ça aurait donné pas mal les mêmes tendances».











