«Ce n'est pas parce que ce n'est pas détectable au point de vente que ce n'est pas un produit qui provient d'une culture OGM!» notait mardi Éric Darier, directeur de Greenpeace Québec en sabbatique, dans un courriel envoyé aux journalistes.
«Si on veut faire des tests, il faut les faire en amont des épiceries, au niveau de la transformation et avec les ingrédients bruts. C'est pour cela que Greenpeace et de nombreux groupes réclament l'étiquetage obligatoire des OGM, qui doit être accompagné d'un système de traçabilité», continuait le porte-parole.
L'étude dévoilée lundi par le professeur de biochimie Dominique Michaud, du département de phytologie de l'Université Laval, s'est plutôt attardée aux produits transformés recelant encore des gènes ajoutés en laboratoire. Souvent, ceux-ci disparaissent pendant le processus de transformation alimentaire. C'est notamment le cas pour l'huile de canola ainsi que l'amidon et le sirop de maïs entrant dans la composition de plusieurs autres aliments.
Les chercheurs ont trouvé des quantités significatives d'OGM dans de la farine de maïs, des barres tendres et des gâteaux emballés. Des traces «négligeables» ont également été décelées dans des pains, des produits de soya, des saucisses fumées, de la nourriture pour bébés en pot et des tomates en conserve.
Selon les estimations de M. Michaud et de son équipe, entre 8 % et 9 % des aliments vendus dans les supermarchés du Québec contiennent des OGM. La barre descend à 3 % quand on ne tient compte que des produits présentant des teneurs appréciables, donc au-dessus de la limite de 1 % fixée par l'Union européenne pour l'étiquetage obligatoire. Là-bas, la viande, le lait et les oeufs provenant d'animaux nourris avec des OGM ne sont pas soumis à l'étiquetage obligatoire.
«Les gens s'en font imposer sans le savoir»
«Ce qu'il y a de bon, c'est que ça confirme qu'il y a des OGM dans nos épiceries et qu'on n'est pas informé. Les gens s'en font imposer sans le savoir», souligne Stéphane Groleau, responsable de la campagne Agriculture et alimentation pour les AmiEs de la Terre de Québec. Celui-ci s'inquiète notamment de la présence de maïs transgénique dans des aliments transformés, alors que celui-ci devrait être réservé à l'alimentation animale. D'autant qu'une étude récente du Français Gilles-Éric Séralini indique que trois variétés de maïs commercialisées par Monsanto seraient toxiques pour les rats.
En entrevue au Soleil, Eric Darier se réjouit par ailleurs de voir qu'«on a l'expertise au Québec pour mettre en place l'étiquetage obligatoire», que réclament une majorité de Québécois dans les sondages. Si peu de produits sont visés, tant mieux, car cela coûtera moins cher aux entreprises et au gouvernement, poursuit-il.
Au cabinet du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, le porte-parole Pascal d'Astous affirme que le gouvernement de Jean Charest n'a pas oublié son engagement électoral, datant de 2003, de rendre obligatoire l'étiquetage des OGM. «Il n'y a rien qui a changé pour nous. On continue d'étudier la question», dit-il, sans pouvoir fournir d'échéancier.
Le Bloc québécois et le Parti québécois font tous deux campagne pour l'étiquetage des OGM.






















