L'Union paysanne a annoncé la semaine dernière son intention de s'inspirer du cas de l'agriculteur ontarien Michael Schmidt blanchi de 19 accusations reliées à la vente de lait cru le 21 janvier. Son cas traînait devant les tribunaux depuis 2006. Cette année-là, deux douzaines d'agents de police et de fonctionnaires de l'Ontario ont procédé à un raid armé sur la ferme qu'il exploite à Owen Sound, à 200 kilomètres au nord-ouest de Toronto. Le gouvernement l'accusait de mettre en danger la santé des consommateurs en vendant des produits laitiers non pasteurisés.
M. Schmidt, qui se définit comme un militant, parle plutôt de distribution à des adultes consentants, puisque sa ferme est en réalité une coopérative. Environ 150 familles sont propriétaires des vaches laitières, en échange d'un approvisionnement régulier en lait cru et en fromage. Au moment de la livraison, ils déboursent quelques dollars pour couvrir les frais d'entretien de leurs animaux.
Boire du lait cru est légal au Canada, c'est la vente - et le don et l'échange - qui est interdite, car les autorités sanitaires craignent des contaminations bactériologiques. La vente de lait à la ferme, en dehors du système de mise en marché collective, est aussi interdite.
Pourtant, le juge de paix ontarien Paul Kowarsky a estimé qu'il était tout à fait acceptable que les membres d'une coopérative, dûment informés, boivent le lait non pasteurisé de leurs bêtes, d'autant que la formule des vaches en propriété partagée existe un peu partout dans le monde. Il a donc renvoyé M. Schmidt à ses vaches et à ses sociétaires, au grand dam des autorités sanitaires.
En Europe et dans certains États américains, la vente de lait cru est permise sous certaines conditions.
Formule coopérative
Pour Benoît Girouard, président de l'Union paysanne, «ça ouvre des possibilités pour les paysans du Québec. Je pense qu'il y a une porte et qu'on va l'utiliser». Celui-ci affirme que plusieurs fermiers sont intéressés par la formule coopérative et souhaitent maintenant l'importer au Québec, mais il n'est pas en mesure de fournir des noms ou des projets précis.
L'Union paysanne plaide depuis longtemps en faveur de la vente de lait cru à la ferme pour répondre à la demande des consommateurs, mais aussi pour augmenter les revenus des producteurs laitiers en dehors des quotas.
Tous les ans, des producteurs laitiers québécois se font coincer par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec pour avoir vendu illégalement du lait cru ou du fromage au lait cru. La Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) s'assure également du respect de la convention de mise en marché collective. Des amendes salées sont imposées aux contrevenants.
À la FPLQ, le porte-parole François Dumontier se range du côté du gouvernement. «La commercialisation de lait cru est interdite par le législateur, car il y a des risques pour la santé», fait-il remarquer, soulignant au passage que «le jugement ontarien pourrait être porté en appel».
M. Dumontier rappelle également qu'il n'est pas dans les plans d'assouplir le système de gestion de l'offre pour permettre la vente à la ferme.











