Superficies plantées, cépages utilisés, pratiques environnementales, méthodes de fabrication, règles d'hygiène et de salubrité... La certification ne laisse rien au hasard, forçant les producteurs à documenter autant la culture du raisin - au plant près! - que sa transformation en alcool et son embouteillage. Dans le cas du vin de glace, par exemple, il est spécifié que le fruit doit geler sur la vigne et non pas transiter par un congélateur. C'est un détail qui a toute son importance quand on sait qu'il a fallu des années pour uniformiser la fabrication du cidre de glace.
Le quart des vignerons du Québec, soit 19 sur un total d'environ 80, ont déjà demandé la nouvelle certification pour une bonne partie de leurs créations. Entre le 1er février et le 15 mars, ils recevront la visite des inspecteurs d'Ecocert Canada, entreprise lévisienne chargée de vérifier le respect des normes de production et de délivrer les certificats de conformité.
La force de l'Ontario
Pour Charles-Henri de Coussergues, président de l'Association des vignerons du Québec (AVQ) et propriétaire du vignoble l'Orpailleur, en Estrie, c'est plus d'adhérents qu'il n'en faut pour rendre la certification incontournable. Il rappelle que la certification VQA Ontario, qui fait aujourd'hui la force des vins ontariens, n'avait rallié que cinq producteurs à ses débuts en 1990. Aujourd'hui, une centaine de vignobles parmi les plus influents au Canada adhèrent à ses standards de qualité.
M. de Coussergues croit que la nouvelle certification «envoie un message» à la petite industrie québécoise pour qu'elle mette de l'avant la qualité des vins du terroir. «Malheureusement, quand c'est bon, les gens doutent que ce soit québécois», raconte-t-il. Même les chroniqueurs de vins, qui dictent les tendances de consommation, sont sceptiques et demandent des garanties sur l'origine des raisins et les méthodes de fabrication. Ils craignent que des vignerons sans scrupules n'embouteillent des vins d'ailleurs, puis les drapent d'une fleur de lys.
Il faut dire qu'actuellement, il est permis d'ajouter jusqu'à 15 % de vin étranger dans les vins locaux, mais personne ne s'assure du respect de la règle. Désormais, les vins certifiés pourront contenir un maximum de 15 % de vin provenant du Canada. Et dans cinq ans, tous les ingrédients dans la bouteille devront être québécois. «On va franchir tout un pas en crédibilité avec les chroniqueurs de vin», croit le président de l'AVQ, qui rêve de décrocher une appellation réservée dans quelques années.
«Avec le temps, ceux qui n'embarquent pas vont devoir répondre. On va séparer la crème des délinquants», insiste Louis Denault, du vignoble de Sainte-Pétronille, qui fait partie des premiers à demander la certification.
Les consommateurs étant bombardés d'informations sur les boissons et les aliments qu'ils consomment, le producteur de l'île d'Orléans n'est pas prêt à dire que l'opération aura un effet sur les ventes ou les prix, mais il est confiant qu'à long terme, «ça va structurer le domaine vinicole au Québec». Il juge en effet le processus bénéfique car il oblige les vignerons à améliorer leurs façons de faire du champ à la bouteille.
Environ 1,5 million de bouteilles de vin seront produites au Québec à partir de la récolte de 2009. À peine plus de 100 000 unités sont écoulées annuellement à la Société des alcools du Québec (SAQ) pour un total de 2 millions $, ce qui représente environ 0,1 % des ventes de la société d'État. Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ, précise qu'il n'y a «pas de projets arrêtés pour l'instant» pour mettre de l'avant la nouvelle certification, mais croit qu'«aux yeux des consommateurs, ça va être une plus-value».











