Rendre le travail à la ferme attrayant

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En mécanisant ses opérations, la Ferme laitière Algerio,... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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En mécanisant ses opérations, la Ferme laitière Algerio, de Saint-Henri, est mieux adaptée pour accueillir la main-d'oeuvre féminine. Les nouvelles technologies ont aussi permis d'alléger les semaines de travail des employés.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) Pas facile de gagner sa croûte en travaillant dans une ferme ou une usine de transformation. Pas facile, non plus, de gérer une ferme ou une usine de transformation.

«Moi, j'offre un emploi à un taux horaire moyen de 12 $ dans une usine réfrigérée où la température ne dépasse jamais quatre degrés Celsius, dans laquelle il n'y a pas de fenêtre et dans laquelle on travaille avec de la viande, du gras et de l'eau!»

«Pas surprenant», ajoute Christian Lebel, directeur des opérations à La Maison du Gibier, «que des employés partent au moment de la pause et ne reviennent jamais».

Producteur laitier et copropriétaire avec son frère, Mario, de la Ferme Algerio, de Saint-Henri, Réal Blais en a vu partir de vaillants travailleurs qui en avaient assez des semaines de labeur qui pouvaient atteindre jusqu'à 70 heures.

«Parfois, il en partait deux du coup! Mon frère et moi, ainsi que les autres employés, devions prendre les bouchées doubles et carrément s'arracher le coeur au travail. La charge était tellement lourde que je n'avais pas une seule minute disponible pour rencontrer les candidats qui étaient venus me porter leur curriculum vitae.»

Bienvenue dans la réalité de nombreux producteurs agricoles et transformateurs alimentaires!

Plus tôt, cette semaine, à Sainte-Marie, une centaine d'entre eux étaient venus entendre les témoignages de MM. Lebel et Blais à l'occasion d'un colloque parrainé par la Conférence régionale des élus de la région de la Chaudière-Appalaches portant sur les façons d'en arriver à conserver son personnel.

Les deux conférenciers ont cherché à démontrer aux participants qu'il était possible de devenir un employeur attrayant qui parvient, malgré tout, à garder ses employés.

En l'espace de quelques années, le troupeau de la Ferme Algerio est passé d'une trentaine à 260 vaches. «Tout se faisait manuellement. Il y avait beaucoup de manutention. L'ouvrage était devenu excessivement difficile et souvent peu sécuritaire», raconte Réal Blais.

Mécanisation

En 2004, les deux frères se heurtent à un mur. «Ou bien nous décidions de nous départir d'une partie de notre troupeau pour réduire nos activités ou bien nous décidions de donner un grand coup pour mécaniser nos opérations.»

Ils ont choisi la modernisation de leurs opérations et des systèmes de traites. Ils ont investi 2 millions $ pour réaménager les postes de travail et éliminer une bonne partie du travail physique. «Aujourd'hui, les employés n'ont plus besoin de se pencher pour tirer le lait de nos vaches. Ça se fait à la hauteur des coudes. Il n'y a plus de griffes ou de trailleurs non plus à transporter.» Des convoyeurs mécanisés sont utilisés pour nourrir les animaux.

«En 2004, il fallait 350 heures de travail pour s'occuper de 260 vaches. Aujourd'hui, il en faut 260 heures pour veiller au bien-être d'un troupeau de 400 bêtes», explique Réal Blais.

Ce tournant a permis à la Ferme Algerio de devenir un meilleur employeur. Elles sont finies, les semaines de 60 à 70 heures pour les employés et les patrons. «Je peux même me permettre de prendre une fin de semaine de congé sur deux et même de prendre deux à trois semaines de vacances à chaque année», rend compte M. Blais.

Les projets d'expansion ayant été mis de côté, ce dernier mentionne qu'il travaille fort à garder sa main-d'oeuvre composée de six employés à plein temps et des trois à quatre personnes à temps partiel et à aménager des horaires de travail qui correspondent leurs besoins.

Qualité de vie

D'un taux de roulement du personnel tournant aux alentours de 15 %, La Maison du Gibier - l'un des plus importants transformateurs de gibier au Canada - a réussi le tour de force de le ramener à un niveau acceptable de 3 % en l'espace de deux ans.

«Nous misons sur deux points : la communication et le respect des individus», précise Christian Lebel. «Nous impliquons directement nos employés dans le processus de production et dans la planification de la semaine de travail. Le lundi, par exemple, nos employés apprennent qu'ils auront 300 faisans à désosser au cours de la journée de jeudi», explique le directeur des opérations en signalant qu'une fois par mois, les 65 employés à temps plein de l'entreprise de Québec sont rencontrés sur une base individuelle.

L'un des facteurs d'attraction de La Maison du Gibier, c'est la semaine de travail de quatre jours. «Il n'y a pas d'horaires de travail. Nous y allons selon la disponibilité des gens. Nous accordons de l'importance à la famille et aux études.»

«Aujourd'hui, les travailleurs recherchent surtout une qualité de vie. Le salaire, même s'il est important dans l'équation, est devenu secondaire», estime M. Lebel en soulignant que l'entreprise parvenait ainsi à attirer des bouchers, des charcutiers ou des cuisiniers qui travaillaient avant dans les grands supermarchés. «Pour une semaine de travail de quatre jours, un horaire de travail stable, ils acceptent de baisser légèrement de salaire pour travailler chez nous.

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