Seule dans la province à offrir une formation universitaire en agriculture, avec l'Université McGill, qui propose quelques programmes en anglais seulement, la FSAA a perdu le quart de ses étudiants au baccalauréat en l'espace de six ans.
Leur nombre est passé de 1200 à 900, conséquence de l'évolution démographique et d'une désaffection envers les métiers de la terre. Le financement universitaire étant lié directement au nombre d'inscriptions, le budget de la faculté a encaissé tout un choc.
«Globalement, la baisse est tout de même moins élevée qu'à l'échelle canadienne et même nord-américaine», précise le doyen, Jean-Paul Laforest.
À la maîtrise et au doctorat, c'est moins critique, mais le nombre d'étudiants a diminué en même temps que le nombre de professeurs. Pour une vingtaine de profs qui ont quitté, principalement pour la retraite, seulement 15 ont été embauchés. La majorité des nouveaux venus ont obtenu des postes sous octroi. C'est donc dire que leur salaire était assumé par des subventions et des contributions du privé pendant quelques années. Ils devront bientôt être intégrés au corps professoral régulier, ce qui fera augmenter la masse salariale d'un coup.
Les prochains départs ne pourront donc pas être comblés automatiquement. Or, «on est déjà rendus, dans certains secteurs, au point de rupture», admet M. Laforest. «Il y a des gens qui vont partir à la retraite et, dans certains cas, ils sont les seuls à la faculté et même au Québec à traiter d'un sujet.»
Il pense à la malherbologie (étude des mauvaises herbes) ou à la qualité des fourrages, où il n'y a plus qu'un expert. Le seul spécialiste des bâtiments agricoles n'est plus là, au moment où leur conception doit prévenir la propagation des maladies dans les grands élevages, permettre une bonne gestion des lisiers et encourager l'économie d'énergie.
«Un choix de société»
Daniel-Mercier Gouin, directeur du Département d'économie agro-alimentaire et des sciences de la consommation, s'inquiète pour l'expertise en gestion agricole qui s'étiole alors que le gouvernement et les agriculteurs accordent de plus en plus d'importance aux colonnes de chiffres. Idem pour le développement agricole international, revenu à l'ordre du jour à la faveur de la crise alimentaire.
«Quand on est une faculté avec une mission unique et qui fournit à elle seule tous les professionnels dans un secteur aussi important de l'économie, ça devient un choix de société que de l'encourager», croit M. Gouin.
D'autant plus que les taux de placement oscillent entre 80 % et 100 % dans tous les programmes et que des pénuries de travailleurs qualifiés sont déjà annoncées en génie rural, en agronomie et en chimie des aliments, selon différentes études sur les besoins en main-d'oeuvre. «Les employeurs sont très préoccupés», confirme Jean Bernier, directeur du programme de baccalauréat en agronomie.
Des discussions pour bonifier le financement de la FSAA sont en cours avec la direction de l'Université Laval. Une approche sera également tentée auprès du ministère de l'Éducation du Québec. Il y a deux ans, celui-ci a revu sa grille de financement universitaire, accordant plus d'argent par étudiant à tous les programmes de sciences appliquées. Mais il ne tient toujours pas compte des monopoles de formation et n'a jamais épongé les pertes encaissées au cours de la décennie précédente.
Comparable au collégial
Au collégial, la diminution de clientèle est comparable. L'Institut de technologie agroalimentaire (ITA), qui rassemble environ 70 % des étudiants, accuse une baisse d'environ 20 % sur une période de huit ans. L'institution relevant directement du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, son statut particulier a été considéré et le financement n'a pas diminué.
À long terme, Jean-Paul Laforest croit que l'intérêt grandissant pour tout ce qui se retrouve dans notre assiette finira par intéresser de nouveaux étudiants à l'agriculture. «Mais en attendant, on a encore quelques années de vache maigre à vivre», dit-il.











