Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement (CRE) de la Capitale-Nationale, a estimé hier qu'il y avait «plus de 1000 hectares» de terrains en friche ou sous-développés le long des grandes artères de Québec, soit suffisamment d'espace pour accueillir 50 000 unités d'habitation et des milliers d'entreprises. Une estimation qu'il a d'ailleurs qualifiée de «très conservatrice» lors d'audiences publiques tenues dans les locaux de la CPTAQ. La Ville de Québec a présenté une demande d'exclusion de la zone agricole pour 21 hectares bordant le boulevard D'Estimauville. Acquis des Soeurs de la Charité pour 5,4 millions $, ceux-ci seraient destinés à des entreprises technologiques, tandis qu'un écoquartier serait aménagé sur les terrains vacants situés plus près du fleuve Saint-Laurent.
Manoeuvre prématurée
Selon M. Turgeon, cette planification est toutefois prématurée puisque le projet de NeuroCité, évoqué comme motivation, est «au mieux sur le respirateur artificiel».
Anick Béland-Morin, du Marché de solidarité régionale de Québec, a présenté aux trois commissaires de la CPTAQ une pétition de 1577 signatures - récoltées en quatre jours sur papier et dans le Web - exigeant le maintien du caractère agricole des terres ciblées. La jeune femme a qualifié de «dangereux précédent» l'exclusion appréhendée de l'îlot de verdure de Beauport, puisque la ville rattrape sans cesse la campagne au lieu de se densifier.
L'avis préliminaire favorable de la CPTAQ est également vu comme une «décision un peu figée dans le temps basée sur une vision de l'agriculture industrielle des 40 dernières années», alors que les AmiEs de la Terre de Québec font la promotion d'une agriculture urbaine, certes, mais productive. Pour la même superficie, la quantité de nourriture cultivée dans un jardin communautaire est plus importante que dans une ferme maraîchère conventionnelle, ont répété plusieurs intervenants.
D'autres arguments portant autant sur la qualité de vie au centre-ville que la souveraineté alimentaire ou le patrimoine historique des 22 hectares bordant l'hôpital Robert-Giffard ont été avancés par la vingtaine d'opposants. «On vient de se faire dire à coups de 400 000 $ qu'on est névrosés. Je vois là un espoir de guérison», a lancé Charles-Eugène Bergeron, résidant de Saint-Laurent-de-l'Île-d'Orléans.
Un seul intervenant a proposé de couper la poire en deux. Pierre Boulet, du Regroupement des jardins collectifs du Québec, croit que les terrains bordant le boulevard D'Estimauville, où étaient situés les bâtiments de ferme, pourraient être développés, puisqu'ils sont dégradés. Les meilleurs sols, situés derrière, conserveraient leur vocation agricole.
C'était hier la dernière étape avant la publication de l'avis final des commissaires. L'un d'entre eux, Gary Coupland, s'est senti obligé de préciser qu'ils ne pouvaient dire à la Ville de Québec quoi faire des terrains dont elle est propriétaire.

























