La nouvelle mouture du règlement, qui doit entrer en vigueur le 18 mars, n'a pas changé sur le fond. Elle plafonne toujours à 11,9 % le taux d'alcool des coolers et des faux spiritueux, qui attirent principalement une clientèle jeune. Les premiers produits à base de malt vendus dans les dépanneurs et les épiceries affichaient plutôt des taux flirtant avec les 20 %, augmentant les risques d'une consommation abusive.
Pour prévenir toute confusion, les étiquettes des mélanges de bière doivent aussi éviter toute référence à d'autres boissons alcooliques. Exit, donc, la vodka, le rhum et le dry gin qui n'en sont pas. Les noms de cocktails connus sont toutefois tolérés «dans la mesure où le consommateur est bien informé qu'il s'agit d'une boisson de malt et non d'un mélange avec des spiritueux».
Jusque-là, pas trop de contestation, bien que certaines microbrasseries aimeraient brasser des bières fortes comme il s'en produit en Europe. La limite de 11,9 % n'est toutefois pas négociable, puisqu'elle a été établie par le gouvernement fédéral pour le paiement de la taxe d'accise.
C'est quand il s'aventure sur le terrain des définitions que le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) fait davantage d'insatisfaits. Déjà, dans le premier projet de règlement publié à pareille date l'an dernier, les microbrasseries s'interrogeaient sur le sens de «mélange à la bière», une expression qui incluait toute bière à laquelle des substances aromatiques ont été ajoutées en dehors du processus de fermentation. Or, c'est le cas de marques aussi connues que la Blanche de Chambly, la Saint-Ambroise aux abricots et la dorée de Boréale.
Cette fois, la définition précise que «ce produit n'a pas l'arôme, le goût et les caractéristiques communément attribués à la bière» et que «le produit fini n'est pas de la bière».
L'ambiguïté demeure
Mais ce n'est pas assez pour lever l'ambiguïté, insiste Jean-Pierre Tremblay, directeur général de l'Association des microbrasseries du Québec, qui craint que des bières traditionnelles et de spécialité ne soient forcées de se présenter comme des mélanges. «On est encore sur la mauvaise piste de définir ce qui est une bière et ce qui ne l'est pas. Ça n'a pas de bon sens», déplore-t-il.
M. Tremblay croit que le règlement pourrait être carrément abandonné, puisque l'industrie des «alcomalts» s'est autoréglementée devant la menace d'une intervention du gouvernement. Les taux d'alcool ont diminué et les références aux spiritueux ont été rayées des étiquettes. Des petits malins ont même contourné les obstacles potentiels en utilisant du cidre plutôt que de la bière pour alcooliser leurs mélanges...
Le MDEIE semble toutefois déterminé à aller de l'avant. Mercredi, il envoyait aux détenteurs de permis de brasseurs et aux distributeurs de bière une lettre expliquant le nouveau règlement.













