Frédéric Sauriol, président de l'Union biopaysanne, branche certifiée de l'Union paysanne, reconnaît que son organisation a éprouvé «un peu de difficulté» à structurer un nouveau réseau. À l'été 2009, à peine cinq fermes ont offert des paniers bios par l'entremise de la Coopérative biopaysanne, dont celle de M. Sauriol ainsi que les Jardins de la Montagne - l'un des plus gros distributeurs de paniers bios au Québec - et la ferme Odelil. Tous avaient déserté Équiterre l'hiver précédent.
Le président de l'Union paysanne, Benoît Girouard, parlait alors d'un «blocage complet» dans les relations entre son organisation et Équiterre. Il reprochait notamment à l'ONG de ne pas prendre position dans les dossiers politiques touchant ses «fermiers de famille», comme le monopole de l'Union des producteurs agricoles (UPA) et le système de gestion de l'offre. L'interdiction de compléter les paniers avec des produits biologiques importés durant la saison hivernale était également critiquée par les démissionnaires.
Frédéric Sauriol est convaincu que c'est la logistique et non l'orientation philosophique qui a plombé l'initiative de l'Union biopaysanne. «On a fait des demandes de subventions au [gouvernement] fédéral et au provincial et elles ont été refusées», a déploré le jeune maraîcher en entrevue téléphonique au Soleil. L'argent aurait servi à payer un employé permanent pour procéder au recrutement des fermes et promouvoir les services de la coopérative, qui se résument à un site Internet pour l'instant.
«On n'a pas été faire du maraudage» chez Équiterre, bien que les listes de membres soient facilement disponibles, précise M. Sauriol. L'ajout de quelques fermes pour la prochaine saison est plutôt attribuable au bouche-à-oreille.
Une seule défection directe
Ail et cie, la seule dont le nom figure déjà dans Internet, a changé d'allégeance après un passage éclair chez Équiterre l'an dernier. Sa copropriétaire, Guylaine Pelletier, espérait davantage d'encadrement de la part de l'organisme pour sa première année d'exploitation. «On a appris, mais à faire preuve d'autonomie et à se débrouiller seuls», dit l'agricultrice de Varennes. D'où son passage à la Coopérative biopaysanne, qui lui permet d'économiser au passage plus de 2000 $ en frais d'adhésion pour la saison.
Isabelle Saint-Germain, coordonnatrice générale adjointe d'Équiterre, est au courant de la défection d'Ail et cie, qu'elle déplore et qualifie de «grande surprise». Mais elle précise qu'il s'agit du seul départ associé directement à la mise en place du réseau concurrent. «Les attentes étaient peut-être trop grandes. On ne donne pas de conseils dans le champ pendant plusieurs semaines comme des agronomes», avance Mme Saint-Germain.
La formation, l'accompagnement et la promotion offerts par Équiterre continuent de faire l'affaire de la quasi-totalité des fermes membres, poursuit la jeune femme. Celle-ci souligne d'ailleurs que le comité de suivi du réseau d'agriculture soutenue par la communauté (ASC), auquel participent des agriculteurs, a réitéré l'importance de ne pas permettre d'aliments importés dans les paniers et de se tenir loin des dossiers politiques. «Nos positions n'ont pas changé», insiste Mme Saint-Germain.
Le réseau d'Équiterre compte environ 115 fermes. Pendant l'été, près de 80 d'entre elles livrent des paniers à environ 400 points de chute au Québec. Il ne souffre pas de concurrence. À peine quelques producteurs maraîchers se sont constitués en coopératives, ici et là au Québec, pour desservir leur marché local. Ils font alors leur propre promotion.














